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Le burkini, la CAQ et l'instrumentalisation politique

Le terrorisme est un acte criminel qui n'a pas de religion. Le terrorisme n'est que la réponse violente à une politique étrangère occidentale qui se veut expansionniste économiquement.

Selon plusieurs polémistes québécois, et maintenant selon la Coalition avenir Québec, l'islam radical, par l'entremise du burkini, est à nos portes et menace le Québec et ses valeurs à tel point, qu'il faut - selon la CAQ - légiférer d'urgence sur le port du burkini, sinon la femme québécoise risque de tomber sous le joug de la soumission du patriarcat islamiste.

Même Jean-François Lisée est tombé dans le panneau en affirmant ceci: «Lorsqu'on sait qu'on a un ennemi qui est l'État islamique, qui cherche activement des gens chez nous qui vont mettre des bombes, pour se promener avec des bombes, la burka, c'est une bonne façon!»

Oui, mais me promener avec une bombe dans mon sac à dos en étant habillé normalement est, selon moi - si j'avais des intentions malsaines - beaucoup plus habile que de dissimuler une bombe dans une burka, surtout en Occident...

Ce que je veux explicitement dire, c'est qu'il ne faut pas faire des amalgames faciles en liant intrinsèquement le terrorisme et les femmes portant un vêtement de la sorte. Le terrorisme est un acte criminel qui n'a pas de religion, ni de sexe, ni de pays... Bien que l'accent soit présentement mis sur le terrorisme islamiste...

D'ailleurs, le député de Rosemont et candidat à la chefferie du Parti québécois affirme que «le Québec n'échappera pas à un débat sur l'interdiction de la burka et du burkini dans l'espace public» et il a tout à fait raison. Toutefois, ouvrir la porte à la peur mènera inévitablement à la colère, et la colère, elle, mènera inéluctablement à la souffrance... La prudence est de mise afin de ne pas enflammer l'opinion publique.

Si les Québécois ont confiance en eux, ils n'embarqueront pas dans cette ridicule levée d'épouvantails à corneilles.

Il ne faut donc pas entrer dans cette logique de psychose et, surtout, par notre attention, accroître un problème qui, historiquement, est beaucoup plus lié aux inégalités et à la disparité de la richesse mondiale qu'à un problème de radicalisation religieuse qui, par ses fanatiques, veulent écraser l'Occident et son mode de vie.

Ce que j'entends par cette affirmation est la chose suivante : le terrorisme n'est que la réponse violente à une politique étrangère occidentale, et surtout américaine - politique qui se veut expansionniste économiquement, cherchant par ses actes l'hégémonie des intérêts économiques des États-Unis.

Soit dit en passant, rappelons-nous que Ben Laden fut le produit de la victoire des États-Unis contre les Soviétiques en Afghanistan. En d'autres termes, c'est les États-Unis qui l'ont créé...

Rappelons-nous également que les États-Unis sont - par leurs politiques étrangères - responsables de plusieurs millions de morts à l'échelle planétaire.

La guerre du Vietnam a fait approximativement à elle seule, plus de 2 millions de morts et certains avancent même davantage le chiffre effroyable de 4 millions de victimes.

Rappelons-nous aussi la guerre de l'administration Reagan contre le Nicaragua qui a provoqué près de 57 000 victimes, dont 29 000 morts, ou bien le fiasco irakien qui a coûté la vie à plus d'un million d'individus, sinon beaucoup plus, et ce, sous prétexte d'armes de destruction massive qui n'ont jamais été trouvées.

Des exemples, de la sorte, il y en a légion : des régimes dictatoriaux appuyés par les États-Unis en Amérique du Sud afin de favoriser les intérêts occidentaux aux dépens des intérêts locaux... Pinochet, ça vous dit quelque chose ?

Je ne veux pas ici faire l'historique de toutes les interventions américaines dans le monde, mais, pour vous faire une bonne idée, j'invite mes lecteurs à regarder «Un autre histoire de l'Amérique» un documentaire en dix épisodes réalisé par Oliver Stone qui met en lumière ce qui aurait dû être su depuis déjà très longtemps aux États-Unis, mais qui n'est pas couvert ou bien ridiculisé par les grands médias.

L'égalité des chances et l'accessibilité à l'éducation ainsi que le partage adéquat des richesses dans le monde tout en ayant des politiques étrangères qui visent la conciliation et non la domination sont les meilleurs outils contre la radicalisation de tous genres, et ce, à l'échelle planétaire.

D'ailleurs, sommes-nous juste en train de subir le retour du colonialisme et de l'impérialisme ?

L'instrumentalisation partisane

Pour en revenir au Québec et même au Canada, méfiez-vous des partis qui cherchent à instrumentaliser - comme la CAQ avec le burkini - les différences et la haine en cherchant à apeurer la population.

La Coalition Avenir Québec continue à se chercher une identité afin de prendre du galon dans les sondages, et ce, pendant que ses acteurs clés quittent le navire pour d'autres cieux.

Cette formation politique est soudainement devenue nationaliste, et mise maintenant sur la polémique du burkini afin de prendre le pouvoir.

Écoutez, même des gens vivant en périphérie de Montmagny et n'ayant jamais vu ne serait-ce qu'un musulman de leur vie, se sentent menacés par l'arrivée soudaine de «maudits immigrés» cherchant, selon eux, la soumission des Québécois au profit de l'islam radical... Peut-on se calmer un peu!

Rappelez-vous également les conservateurs à la dernière élection fédérale, qui ont réussi à faire couler le NPD avec l'histoire du niqab. Pourtant, les conservateurs avaient eu 10 ans pour régler ce problème, mais, comme par hasard, ils ont instrumentalisé ce morceau de linge à des fins purement partisanes en manipulant l'information, et ce, avec la complicité de nos grands médias nationaux. Le plus drôle de l'histoire, c'est que ce sont les libéraux fédéraux qui ont remporté l'élection, et ce, en ayant une position encore plus souple sur le niqab que les néo-démocrates...

Un parti politique qui est prêt à instrumentaliser la peur et la haine n'est pas un parti qui, à mon sens, mérite de diriger une population. Si les Québécois ont confiance en eux, ils n'embarqueront pas dans cette ridicule levée d'épouvantails à corneilles.

La loi est et demeure la même pour tout le monde. Le burkini à la plage est tolérable au même titre que les strings et les bikinis le sont pour ceux qui n'aiment pas cela. La meilleure façon d'affronter le conservatisme n'est sûrement pas par d'autres politiques miroirs du conservatisme, qui sont en elles-mêmes des politiques conservatrices.

L'éducation, l'acquisition de connaissances et la disparition des inégalités et la fin de la domination des plus forts sur les plus faibles sont les avenues à prendre si l'on souhaite mettre fin à la radicalisation.

En terminant, comme le disait l'écrivaine de Dark Divine, Bree Despain : «La peur conduit à la colère, la colère à la haine et la haine aux ténèbres».

À vous de choisir...

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