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«Caméra café»: le choc des générations

Une version «revue et corrigée»? Oui et non...
TVA

La nouvelle mouture de Caméra café, présentée cet hiver sur les ondes de TVA, est une drôle de bibitte assise entre deux chaises, entre deux époques, entre deux façons de faire et de concevoir la comédie.

Les fans de la première heure se retrouveront rapidement en terrain connu : un plan fixe (toujours le même) nous permet de voir les quelques hauts et les nombreux bas de la vie d’une poignée d’employés de bureau, tous plus différents les uns que les autres.

Commençons par l’essentiel : il est très beau ce plan. La composition du décor se révèle beaucoup plus soignée et travaillée que le corridor froid et terne des saisons précédentes.

Il y a de la couleur, de la profondeur, des personnages en arrière-plan qui donnent vie à ce microcosme professionnel pour le rendre plus tangible.

Les réalisateurs Mathieu Handfield et René Richard Cyr font d’ailleurs une utilisation beaucoup plus marquée de la profondeur de champ (mesures sanitaires obligent, jusqu’à un certain point) dans la création d’effets comiques et pour souligner certains rapports de (prétendue) supériorité.


Le choc des générations

Caméra café demeure une production caricaturale au possible, où les stéréotypes les plus éculés de la vie de bureau constituent le moteur même de l’émission.

La particularité de cette nouvelle saison, c’est que la composition des personnages est également utilisée pour créer un certain choc entre les générations. Nous avons d’un côté le macho et ses «jokes de mononc», le concierge complotiste, le névrosé en mal d’amour, et la «petite madame» peu à l’aise avec les nouvelles technologies; et de l’autre, nous avons la cynique et le personnage «woke» ultra engagé.

D’ailleurs, à cet égard, les deux premiers épisodes de la série sont particulièrement chargés en messages sociaux de toutes sortes, nous donnant l’impression que les auteurs ont voulu passer en revue l’actualité des derniers mois pour nous montrer que les leçons avaient été bien retenues.

Dénonciations sur les réseaux sociaux, racisme, absence de diversité dans les milieux de travail, identité sexuelle, débordements du politiquement correct, tout y passe. Ceci étant dit, le tout a tendance à paraître quelque peu forcé et accessoire, n’ayant au final pas ou peu d’impact sur la progression de l’émission. Mais il s’agit, après tout, d’une émission à sketchs.

Force et handicap

Reprendre le format de Caméra café en 2021, c’est jongler avec un concept dont la principale caractéristique s’avère être autant une force qu’un handicap.

Depuis la diffusion de la saison précédente, en 2012, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts dans le milieu de l’humour et de la comédie, notamment grâce aux réseaux sociaux.

L’humour se déploie désormais de façon beaucoup plus rapide, beaucoup plus punchée. Le montage est plus important que jamais. On n’a qu’à penser, par exemple, à l’incroyable évolution au niveau du rythme et l’écriture de plus en plus serrée (dans le meilleur sens du terme) dans Discussions avec mes parents.

Le retour à cette formule plus classique, sans artifice technique, (re)trouvera certainement son public, d’autant plus que les comédiens s’acquittent tous de leur tâche avec un plaisir évident, apportant à l’ensemble l’énergie désirée, et ce, peu importe le niveau d’exagération des traits de leur personnage.

Il faut dire que la distribution compte en ses rangs Anne-Élisabeth Bossé, Sylvie Léonard, Didier Lucien, Marie-Soleil Dion, José Gaudet, Louis-Olivier Mauffette, Étienne Lou (belle découverte), Jocelyn Blanchard, Simon Pigeon et Marie-Ève Trudel.

Ceci étant dit, il aurait été intéressant de voir les différents sujets abordés être étalés un peu plus au fil d’un ou de plusieurs épisodes plutôt que d’être confinés en blocs individuels.

Il aurait été intéressant de voir jusqu’à quel point la formule aurait pu être renouvelée, à quel point la dynamique aurait pu être peaufinée, si la mise en chantier de cette version «revue et corrigée» n’avait pas été accélérée par la nécessité de créer du nouveau contenu rapidement, et dans un format permettant le respect des règles sanitaires.

Le temps fera peut-être son oeuvre...

Caméra café sera diffusée les mardis à 21h à compter du 12 janvier, sur les ondes de TVA.

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