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Comme une lettre à la poste? Travailler pour Postes Canada en temps de pandémie

Les services postaux ont dû s’adapter à la vitesse grand V, en cette période où les ventes en ligne ont explosé.
Elijah-Lovkoff via Getty Images

Carl Desrosiers est chef de zone locale pour Postes Canada, dans la région de Rimouski, au Bas-Saint-Laurent; Joël*, lui, est facteur dans une zone commerciale d’un quartier de l’île de Montréal.

D’une région à l’autre, les effets du confinement se sont fait ressentir de diverses manières au sein de ce secteur qui a pris une importance capitale au cours des derniers mois.

«C’était extrêmement tranquille dans les rues, c’était super agréable pour ça. On entendait les oiseaux chanter», raconte Joël, évoquant la quiétude de ses quarts de travail pendant le confinement.

Facteur à temps plein depuis 2006, il est habitué de parcourir les rues de son secteur, du bruit plein les oreilles. Grâce au confinement, Joël a pu, au moins pendant quelque temps, emprunter son itinéraire en toute tranquillité.

S’il affirme que certains de ses collègues qui ont des routes résidentielles avaient beaucoup plus de colis, Joël a vu sa charge de travail être réduite, car beaucoup d’entreprises sur sa route étaient fermées pendant le confinement.

À son bureau, les facteurs assistent à des réunions quotidiennes; celles-ci ont maintenant lieu par intercom plutôt que sous forme de rassemblement au milieu de l’espace de travail. «On se tient à distance», dit Joël.

Ses horaires de travail ont aussi été quelque peu modifiés, pour respecter les principes de distanciation physique. «Il y a quatre vagues de facteurs qui rentrent préparer leur route, au lieu de deux. Un bureau sur deux, avec plus de distance, moins de monde en même temps dans la succursale», explique-t-il.

Joël raconte qu’il y avait «un vent de panique» au sein de l’équipe au début du confinement; «il y en a qui avaient peur parce qu’on touche à beaucoup d’objets. On a énormément de colis qui viennent de Chine aussi». Mais ils sont «passés à travers» et l’ambiance générale est demeurée au final plutôt bonne.

Plus de demande, moins d’effectifs

Bien que d’après Carl Desrosiers, beaucoup de choses sont essayées pour tenter d’accélérer le processus, c’est au niveau des transports routiers que ça bloque. «Souvent, les paquets sont traités, mais après, on les met dans des remorques pour qu’ils partent se faire livrer et il n’y a pas de chauffeurs», indique le chef de zone locale dans le Bas-Saint-Laurent. Le courrier qui circule vers l’est du Québec est en grande majorité transporté par le privé et il manque parfois de chauffeurs.

Les besoins sont aussi beaucoup plus importants; «normalement, ici, je recevais de l’ouest trois camions par jour. Là, c’est quatre et des fois cinq», atteste-t-il. «On a environ trois fois plus d’articles qu’on a normalement.»

À Montréal, on retrouve une problématique similaire. «Pendant que les entreprises étaient fermées, on a accumulé énormément de colis; à tous les jours, j’en mettais plein dans des boîtes et ça s’accumulait», explique Joël. Si le facteur affirme qu’il arrive que «ça bloque» en période de pointe, il se demande quelles mesures devraient être instaurées pour désengorger le réseau. «Je ne sais pas pourquoi ils ne font pas travailler les facteurs en temps supplémentaire la fin de semaine pour livrer des colis», déclare-t-il. «Il y a peut-être moins d’effectifs qui est là à cause des congés COVID.»

De nouvelles normes

En plus des normes de livraison qui ont changé - les facteurs ne font plus signer pour les colis -, une série de mesures sanitaires ont également été appliquées au quotidien; «tout ce qu’on touche le plus, notre chariot, tout ça, c’est lavé à chaque fois qu’on s’en sert. Après, quand on le rend à la personne après nous, c’est déjà propre», relate Joël.

Le facteur s’est aussi fait offrir des masques, mais il n’a pas adopté l’habitude de les porter; il dit avoir essayé la chose, mais comme son travail est «assez cardio», cela le dérangeait. «Et en plus, on perd de la vision périphérique avec le masque, donc je m’enfargeais partout.»

«On n’a eu aucun cas de COVID - en tous cas connus - dans le bureau; on est 250 facteurs, en plus des commis, et il n’y a eu personne qui l’a eue».

Comme dans certains autres secteurs, «il y a eu des mesures pour les gens qui ont des enfants et dont l’autre conjoint travaillait ou était malade; ils pouvaient rester à la maison et être payés pour s’occuper des enfants», explique-t-il.

«Resserrement des liens»

Le quotidien de Carl Desrosiers, n’a pas beaucoup changé - ou en tous cas moins qu’on pourrait croire - depuis le début du confinement. Vivant dans un petit village rural près de Rimouski, il dit ne pas vraiment ressentir les effets concrets de la distanciation sociale quand il demeure chez lui.

Au travail, son équipe a instauré dès le début du confinement une rencontre quotidienne pendant laquelle ils communiquaient les dernières mises à jour à propos de la COVID-19; «ça allait très vite au début», précise-t-il. M. Desrosiers a par la suite constaté un «resserrement des liens» entre les employés. L’idée de travailler en équipe est devenue d’autant plus importante, malgré le contexte de distanciation physique.

Ces réunions servaient aussi à prendre les propositions des employés; «que ce soit une nouvelle mesure ou des observations, c’est eux qui les utilisent, donc on a ouvert rapidement le canal pour avoir de la rétroaction là-dessus», dit-il. Cette initiative a pu ainsi maintenir l’engagement des employés dans leur milieu de travail. S’ils ont maintenant moins de points à aborder lors de leurs rencontres matinales, l’équipe continue de les tenir, pour répondre aux questions, aux inquiétudes potentielles.

Les petites entreprises inquiètes

Comme dans la région métropolitaine, les bureaux de Postes Canada de Rimouski ont adopté des mesures sanitaires concrètes, comme le lavage de mains à l’entrée et à la sortie, la division des équipes de travail, la livraison sans contact.

Mais l’équipe de M. Desrosiers ressent-elle tout de même une certaine pression de la part de la population par rapport au fait de «livrer la marchandise»? «Il y a des gens qui vivent dans le même monde (que nous) aussi, qui voient qu’il y a des mesures prises partout. Il y a des gens qui sont beaucoup plus compréhensifs qu’avant avec nos employés», assure-t-il.

Mais, selon lui, ce sont les entreprises qui posent davantage de questions et qui aimeraient que ça fonctionne plus rondement. «Ici, j’ai des petites entreprises, qui étaient en plein essor et qui ont de la commande, puis en plus avec l’achat local et tout ça, ils font beaucoup d’envois». Elles essaient de s’en «sortir et de se maintenir à flots avec ça et se rendent compte que leurs colis n’arrivent pas très vite, donc elles ont peur que ça nuise à leur chiffre d’affaires.»

Malgré ce contexte, la sécurité de ses employés demeure la priorité numéro un de M. Desrosiers. «Quand on parle de traitement des colis et qu’on a normalement des cages pleines, ils pouvaient (auparavant) être deux à vider ça.» Pour respecter la distanciation physique, «c’est un à la fois. Le réseau a dû s’adapter, comme tous les autres éléments» de la société, explique-t-il.

Joël souligne en terminant que dans le contexte actuel, les employés des services postaux aiment beaucoup constater des marques d’appréciation pour leur travail. Et, dit-il, «posez vous la question: en avez-vous vraiment besoin?»

*Joël a préféré qu’on ne mentionne pas son nom de famille par souci de confidentialité.

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