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Sur le chemin du Compostelle québécois: Sainte-Anne-de-la-Pérade à Deschambault (10)

Il fait frais ce matin. Huit degrés pour donner le top départ, c'est pas énorme. Par chance, l'effort pallie vite cette sensation automnale.

Lundi 8 septembre : Sainte-Anne-de-la-Pérade à Deschambault; 23.1 km

Nous avons atteint les 240 km. Pour la première fois, nous allons dormir dans un motel en bordure d'une autoroute, dont la vue nous est obstruée - heureusement ! - par une épaisse rangée d'arbres. On a rêvé plus romantique, mais l'établissement dépasse les standards habituels.

Il fait frais ce matin. Huit degrés pour donner le top départ, c'est pas énorme. Par chance, l'effort pallie vite cette sensation automnale. Aujourd'hui, nous nous sommes crus au pays des pommes. Des vergers à droite et à gauche qui furent autant de jardins de la tentation ! Mais le plus beau restait à venir...

compostelle quebecois 10

Certains avaient devancé Halloween, en confectionnant ce décor très réussi.

Passé 10h, le ciel gris a été chassé par la bonne humeur d'un soleil hilare, qui a eu pour conséquence de dégourdir ma cadence. Notre première véritable pause a eu lieu à Grondines, charmant village doté d'une très belle église... malheureusement fermée. Cette localité bordant la route 138 appartient à ces endroits qu'il fait bon traverser. J'ai humé à grosses narines son parfum de havre paisible, balayant de mon regard gourmand ses jolies maisons, très coquettes avec ce temps estival.

Arrivé devant l'église, j'ai posé mon sac, me suis déchaussé, avant de m'allonger, pieds nus, sur un muret voisinant le cimetière. J'aurai au moins l'assurance de ne pas être dérangé ! La sieste m'a rattrapé (passé un certain âge, on ne la sème jamais). Mes chaussettes en laine mérinos ont fait office d'oreiller. Je me suis alors échappé sur le chemin moelleux des songes, à demi conscient. J'inspirais la quiétude et j'expirais la félicité. Trois quarts d'heure plus tard, je me décidai enfin à lever l'ancre. Direction un petit site d'information touristique, situé à 3,5 km de là, qui devait servir de pause déjeuner, avec sa vue plongeante sur le fleuve Saint-Laurent.

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Je ne pensais pas croiser un lama sur le Chemin, et encore moins un lama cohabitant avec un cheval. C'est beau les mariages mixtes !

Après Grondines, ce dernier ne nous a plus quittés, au grand bonheur de nos pupilles. Croyez-moi : ce mastodonte est d'un réconfort sans égal, il lève les voiles dans votre tête. Il est resté planté là, à notre droite, puissant et silencieux. Sous les eaux bleues du ciel, le Saint-Laurent prend sa part de majesté, accapare les superlatifs. C'est notamment pour contempler ce genre de tableau que je me suis inscrit au Compostelle québécois. On doit à ce géant aquatique d'atténuer la souffrance ou la monotonie du trajet. Certaines n'ont d'ailleurs pas résisté à l'envie de piquer une tête dans ses eaux rafraîchissantes, encouragées par la météo ambiante. De mon côté, la vue de ce prince provincial a mis du baume sur la douleur qui me tiraillait le mollet droit. Je crains une tendinite. Faut avouer que ce matin, je n'ai pas bu des masses, ceci expliquant sans doute cela. Je profite du pique-nique pour me masser généreusement le membre douloureux (on parle toujours du mollet), avec une crème idoine fournie par la petite pharmacie de nos guides.

Dans notre groupe, nous comptons trois éclopées, victimes pour la plupart des redoutées ampoules. Je n'ai pas tenté le diable de mon côté, optant pour une cadence plus sage durant les cinq derniers kilomètres, flanqué d'un bandage qui me comprime la zone à surveiller. Une fois arrivé à destination, j'ai englouti un sous-marin [nom donné aux sandwiches de la chaîne Subway; je n'ai donc pas avalé un vrai sous-marin, mais je suis obligé de préciser car je compte de nombreuses blondes et quelques Belges parmi mes lecteurs], et délaissé mes chaussures de rando pour une paire de sandales plus confortable. La compilation des distances me fait voir mes gouguounes (que j'aime ce mot québécois) sous un jour nouveau. Grâce à elles, je me sens plus léger, je plane... Quant aux chaussures de marche, malgré tous les services rendus, on oublie vite, l'instant du repos arrivé, qu'elles furent aussi des alliées.

L'anecdote du jour : Manon, une des marcheuses, a dû partager sa chambre avec trois hommes, dont l'auteur de ces lignes, qui fut son voisin de matelas, provoquant la jalousie de ses congénères (on appelle ça de la vantardise). Personne éminemment sensible, mais aussi très pragmatique, cette femme courageuse (elle figurait parmi les éclopées, elle qui a collectionné les ampoules) a toutefois pris soin de prévenir son mari de cette situation incongrue, quoique répandue, lequel avait suffisamment confiance et de recul pour ne pas débarquer une tronçonneuse à la main...

Marcher, c'est aussi prendre des risques !

Jeudi : Deschambault à Donnacona.

Ce billet a été initialement publié sur le blogue d'Olivier Pierson, L'écriturien

compostelle quebecois

Le petit pont menant au Moulin de la Chevrotière (dont on ne voit qu'une partie) vaut aussi le coup d'œil. Cette œuvre de l'artiste Florent Cousineau est composée de 30 tonnes d'aluminium.

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Le fleuve Saint-Laurent en images

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