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Le monde entier s'est arrêté, mais ça n'aura pas d'impact sur les changements climatiques

Pour l'atmosphère, le «retour à la nature» de cette année n'a virtuellement rien changé.
Michael Verdoux / EyeEm via Getty Images

Quand le monde s’est confiné le printemps dernier pour contenir la propagation de la COVID-19, les usines à l’arrêt et les voitures stationnées ont permis de dégager le ciel des grandes villes polluées et fait chuter les émissions de gaz à effet de serre à leur plus bas niveau depuis des lustres.

Mais la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère - l’accumulation des émissions passées et actuelles - est restée pratiquement inchangée, selon l’estimation annuelle de l’Organisation météorologique mondiale publiée lundi.

«La baisse des émissions liée au confinement ne représente qu’un petit point sur la courbe à long terme», a déclaré le Secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas, dans un communiqué. «Or, nous devons aplatir cette dernière de façon durable.»

Les concentrations de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, la principale cause des changements climatiques, ont dépassé 410 parties par million (ppm) l’an dernier, un niveau jamais atteint dans l’histoire de l’humanité. Les confinements provoqués par la pandémie au début de cette année ont réduit les émissions quotidiennes de CO2 dans le monde de 17% par rapport au niveau quotidien médian de 2019, selon l’étude. Mais la réduction mondiale totale pour l’année n’est probablement que de 4,2% à 7,5% par rapport à l’année précédente.

À l’échelle mondiale, «une réduction des émissions de cette ampleur ne fera pas baisser les niveaux de CO2 atmosphérique; ils augmenteront simplement à un rythme légèrement réduit», conclut l’étude.

«La dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années: la température était alors de 2 à 3 °C plus élevée qu’aujourd’hui et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres au niveau actuel», a déclaré M. Taalas. «Mais nous n’étions pas 7,7 milliards.»

“Une réduction des émissions de cette ampleur ne fera pas baisser les niveaux de CO2 atmosphérique; ils augmenteront simplement à un rythme légèrement réduit.”

Les concentrations de méthane, qui emprisonne plus de 70 fois plus de chaleur sur une période de 20 ans que la quantité équivalente de CO2, ont augmenté d’un taux presque record l’an dernier à 1 877 parties par milliard. Les niveaux étaient 260% plus élevés qu’en 1750, avant que l’agriculture industrielle et les forages pétroliers et gaziers ne commencent à ajouter des volumes prodigieux de méthane dans l’atmosphère.

Le protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre qui appauvrit également la couche d’ozone, a atteint 332 parties par milliard l’an dernier, un niveau 123% plus élevé que les niveaux préindustriels. Les niveaux de ce gaz dans l’atmosphère ont augmenté légèrement moins vite de 2018 à 2019 que de 2017 à 2018, mais le taux de croissance annuel demeurait dans la moyenne des 10 dernières années. La baisse de l’année dernière n’était donc rien à célébrer.

L’étude de l’OMM intervient une semaine après que la firme de recherche énergétique BloombergNEF a projeté une baisse des émissions totales aux États-Unis de 9,2%, le niveau le plus bas depuis 1983. Mais le carbone rejeté par les feux de forêt extrêmes dans l’Ouest américain cette année a abaissé la baisse nette des émissions à 6,4%. Les efforts visant à réduire les émissions liées au changement climatique — grâce à l’énergie renouvelable, aux véhicules électriques et à une utilisation plus efficace de l’énergie — ne sont responsables que de 1% de la baisse totale, selon le rapport.

Les résultats combinés de ces deux études brossent un sombre tableau des décennies à venir. À quelques exceptions près, les principaux pays émetteurs ont tempéré les politiques visant à réduire la pollution à cause du coronavirus, dans l’espoir de relancer rapidement des économies paralysées.

Les résultats de ces recherches «sont conformes à ce à quoi nous nous attendions», a déclaré Mathias Vuille, professeur au département des sciences environnementales et atmosphériques de l’Université d’État de New York à Albany. Il n’a travaillé sur aucune des deux études.

«Il faudrait une réduction soutenue sur une longue période pour voir un changement dans la trajectoire de la concentration des gaz à effet de serre», dit-il. «Le fait que cette pandémie ait à peine ralenti l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre montre à quel point il sera difficile à l’avenir d’essayer de stabiliser les concentrations.»

Il y a des signes prometteurs. L’Union européenne a consacré des milliards de ses dépenses de relance à des projets verts. En septembre, la Chine, premier émetteur mondial, a annoncé son intention de devenir carboneutre d’ici 2060. Ce mois-ci, les électeurs américains ont élu le démocrate Joe Biden comme prochain dirigeant du pays, remplaçant ainsi le président Donald Trump, un fervent défenseur des énergies fossiles qui a radicalement augmenté les émissions, par un politicien modéré qui a fait campagne pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

Toutefois, pour éviter un réchauffement catastrophique, il faut non seulement atteindre la carboneutralité, mais aussi éliminer les gaz qui se sont déjà accumulés dans l’atmosphère, ont écrit plus d’une douzaine de scientifiques et d’activistes dans une lettre ouverte ce mois-ci.

«Nous devons accroître notre ambition de restauration du climat à tous les niveaux», lit-on dans la lettre publiée dans The Guardian. «Nous exhortons les gouvernements et les entreprises à commencer à agir, non seulement pour atteindre le zéro net dès que possible, mais aussi pour parvenir à la restauration. Et nous exhortons chaque citoyen à faire ce qu’il peut pour faire de ce rêve une réalité.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.

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