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Pour davantage de maisons en soins palliatifs

Mercredi dernier, j'ai perdu un ami. Emporté par le cancer, dans sa jeune soixantaine, il était la bonne humeur même et je n'ai que son sourire en tête.

Mercredi dernier, j'ai perdu un ami. Emporté par le cancer, dans sa jeune soixantaine, il était la bonne humeur même et je n'ai que son sourire en tête.

Je sais, on le sait tous d'ailleurs, que la grande faucheuse nous frappera tous un moment donné, mais ce n'était pas quelque chose à quoi je pensais souvent, bien que je savais L. très malade. Je gardais espoir.

Lorsqu'on m'a annoncé son départ, on m'a également demandé de rédiger un mot pour ses funérailles. Moi qui, normalement, n'ai aucune difficulté à faire danser mes doigts sur un clavier, l'inspiration me manquait chaque fois que je tentais d'écrire la peine que je ressentais.

Bien que je sois âgée de 46 ans, jamais dans ma vie je n'avais perdu un ami ainsi et, bien que j'aie déjà lu au sujet du deuil, que je l'aie étudié aussi, me retrouver là face à la tristesse m'enlève toute crédibilité relativement à tout ce que je sais ou savais.

Le deuil

Je ne vous énumérerai pas ici les étapes du deuil. On en entend souvent parler et on lit beaucoup à ce sujet. Pourtant, je peux dire que le deuil ne se vit pas de la même manière pour tous et qu'il vient souvent par vagues.

On me qualifiera peut-être d'égoïste, mais bien que je le sache malade, j'aurais aimé revoir L. avant sa mort. J'aurais aimé qu'il attende un peu avant de nous quitter. Je dis «égoïste» puisque la réponse logique que tous me lanceraient, et que je me lance moi-même souvent, est que l'important soit qu'il ait fini de souffrir.

Mais le deuil, même s'il parle de l'autre, nous ramène à nous-mêmes souvent, à nos manques... à nos besoins non comblés.

Le drame

Je ne veux pas tomber dans le drame. Si je vous écris tout cela aujourd'hui c'est que je crois que je ne suis pas la seule à vivre intensément les pertes dans sa vie. Vous me direz que nous les vivons à différents degrés pour différentes personnes, et vous aurez tout à fait raison. Néanmoins, dès qu'il s'agit de quelqu'un que j'aimais, qui eut été un ami ou un parent, j'ai mal à vivre mes émotions et le seul moyen pour moi de continuer à respirer normalement est de partager.

J'ai finalement eu le courage qui me manquait afin d'écrire une adresse pour les funérailles de L. J'ai décidé de m'adresser à lui tout simplement comme si nous étions seuls devant un café bien chaud. J'ai décidé de le garder vivant jusqu'au moment où je cesserai de lire tout ce que je souhaite lui dire une dernière fois et tout ce que je n'avais pas pris le temps de lui dire avant.

Un dernier tour de piste

L. portait différents chapeaux, comme ceux de conjoint, de père, de beau-père, de grand-père et d'ami. Il travaillait très fort avec sa douce moitié pour un événement de plus en plus connu qui revient année après année. Il travaillait dans l'ombre et ne s'en plaignait pas. S'assurer que tout le monde est content était sa priorité.

Il y a des gens pour qui nous entretenons une affection toute particulière et qui, par leur départ, nous font comprendre qu'ils étaient bien plus importants que nous le pensions. Je suis certaine que mes écrits trouveront écho chez beaucoup d'entre vous et je trouve aujourd'hui important de souligner l'existence qu'ont eue tous les L. de nos vies.

Un doux départ malgré tout

Je tiens à souligner le travail extraordinaire que le personnel des maisons en soins palliatifs fait. Grâce à eux, les gens que nous aimons peuvent mourir dans des endroits doux et tranquilles. Les médecins qui y exercent s'assurent du confort du patient avant toute chose. L., quant à lui, est parti tout doucement sans paniquer.

Dommage que ce ne soit pas le cas pour tout le monde. Ça me fait un peu peur quand j'y pense, vous savez. Les médias ne cessent de nous parler de morts violentes ou de morts dans la solitude. Les aînés, qui font partie des plus vulnérables de notre société, sont souvent oubliés, si ce n'est pas malmenés.

Autant de raisons me poussent donc à croire très profondément que des maisons en soins palliatifs devraient exister en plus grand nombre. Parce que si je pense à L., oui sa mort m'attriste énormément, mais je me réconforte à l'idée qu'elle a été tranquille et qu'il a été respecté jusqu'à la fin.

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