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Éducation: la nouvelle Révolution tranquille dont le Québec a grand besoin

Dans le contexte actuel, le Québec ne peut plus se contenter d’améliorer un modèle révolu.
Pour aspirer à rehausser significativement la compétence de nos gens, il nous faut trouver une manière de marier ce que le monde académique a de mieux à offrir, avec ce qui est devenu aujourd’hui le nerf de la guerre de la nouvelle économie du savoir: le transfert des compétences de ceux qui excellent dans leur domaine.
Tom Werner via Getty Images
Pour aspirer à rehausser significativement la compétence de nos gens, il nous faut trouver une manière de marier ce que le monde académique a de mieux à offrir, avec ce qui est devenu aujourd’hui le nerf de la guerre de la nouvelle économie du savoir: le transfert des compétences de ceux qui excellent dans leur domaine.

Les tenants de la Révolution tranquille aiment bien rappeler cette période comme étant celle où le Québec se donna les moyens de construire son avenir. Cependant, nous devons constamment redéfinir ces moyens ou les remplacer par mieux.

Jacques Parizeau, grand bâtisseur de l'État qu'il fut, dut lui-même appliquer cette importante leçon pour mettre fin à la gestion industrielle étatique désastreuse des années 60-70, au profit d'une gestion plus entrepreneuriale.

Sans le Québec inc., il y a fort à parier que nous serions aujourd'hui aux prises avec une économie moribonde, dominée par des entreprises venues d'ailleurs et incapable de soutenir nos acquis sociaux.

Pendant ce temps, l'autre pièce maîtresse de la Révolution tranquille, l'éducation, n'allait jamais connaître une transformation aussi profonde, avec les résultats que l'on connaît aujourd'hui. Ce fut d'ailleurs l'un des reproches des plus lucides que Lucien Bouchard s'attribua il y a quelques années. Un grand mérite lui revient, malgré tout.

Alors qu'un nouveau gouvernement s'installe, il est temps de jeter un nouveau regard sur notre système d'éducation. Non sans comprendre d'abord l'ampleur des défis auxquels le Québec est confronté, mais aussi en quoi les promesses du nouveau gouvernement risquent de se révéler insuffisantes s'il se limite au présent cadre de son intervention.

Un rôle plus important que jamais

Alors que nous continuons de nous enfoncer dans des débats sociaux qui ne font pas ressortir le meilleur de nous-mêmes, notamment au sujet de l'immigration et la laïcité, c'est sur le plan économique que les défis de fond continuent de se tramer.

Malgré la belle embellie que nous connaissons, le Québec continue de s'enfoncer sur le plan de l'investissement industriel, de l'innovation et de la productivité, en raison de son grave retard.

Pire encore, la controverse entourant l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) est venue rappeler à quel point plusieurs grands secteurs de notre économie sont désormais à risque, puisque les prochaines négociations commerciales pourraient mener à la disparition des règles d'exclusion les protégeant de la concurrence étrangère.

C'est majeur, puisqu'une incapacité de notre part à soutenir de telles entreprises pourrait avoir des conséquences désastreuses sur la classe moyenne, les revenus de l'État, les régions et les emplois de qualité.

Et comme si cela ne représentait pas un défi énorme en soi dans un environnement aussi concurrentiel, nous risquons d'avoir à composer avec l'effet boomerang d'une économie ayant carburé trop longtemps aux stimulants économiques que sont l'endettement, les taux d'intérêt anormalement bas, le Klondike des infrastructures et un pouvoir d'achat fondé sur des produits importés, dont les prix risquent d'augmenter fortement.

Bref, au même titre qu'il aurait été impensable de moderniser notre économie dans les années 60 sans le faire de même avec notre système d'éducation, il faudra faire encore mieux cette fois-ci car le secteur de l'éducation devra jouer un rôle plus important que jamais pour rehausser fortement le niveau de compétence de nos gens, nos institutions et nos entreprises.

Un bilan peu rassurant

Le problème avec l'idée de compter sur une montée en puissance du secteur éducatif est qu'elle est tout simplement irréaliste dans les conditions actuelles.

Pour s'en convaincre, il suffit de regarder son bilan des 30 dernières années, à commencer par les nombreux cadavres jonchant le cimetière de ce ministère et la faiblesse chronique d'indicateurs-clés relatifs par exemple au décrochage, à l'obtention des diplômes, aux résultats scolaires, au taux anormalement élevé d'analphabétisme et au nombre de parcours scolaires n'offrant pas les débouchés attendus.

S'ajoutent à cela des problèmes de gouvernance, générant des structures administratives lourdes et inutilement complexes, ainsi qu'une gestion financière minée par l'incapacité des acteurs du système à concrétiser la valeur réellement stratégique des investissements dans ce secteur.

Quant aux solutions actuellement préconisées, il est difficile de dire qu'elles reflètent une vision et un engagement réellement porteur d'avenir. Comprenons que lorsqu'on parle de valorisation des employés, de réfection des écoles et d'un ménage administratif, il s'agit en fait de correctifs, d'améliorations et non pas d'un véritable changement.

Le vrai problème

Le graphique ci-dessous illustre l'étendue du problème et le genre de solutions requises. C'est à la fois une question de contenu, d'organisation et de gouvernance.

Graphique
Normand Lamothe
Graphique

Sur le plan des contenus éducatifs, le constat est indéniable. Pendant que des secteurs similaires — comme ceux des médias, des communications et des applications — innovent de manière magistrale, le secteur de l'éducation continue de crouler sous le poids de mécanismes archaïques de production de contenus. Il en résulte des cours et des parcours trop passifs, abstraits, désuets, inutilement complexes, coûteux et, trop souvent, inintéressants et démotivants.

Le système éducatif actuel souffre par ailleurs du mode de transmission du savoir qu'il a jadis adopté. Il a recours à des intermédiaires évoluant trop souvent en vase clos et sous l'emprise de normes professionnelles et syndicales rigides, de modèles pédagogiques dépassés et d'intérêts personnels, plutôt que de répondre aux besoins réels des étudiants et des milieux dans lesquels ces derniers devront évoluer. Ces mécanismes, contraintes et biais ne nous aideront en rien pour parvenir à un modèle optimal d'acquisition et de transmission de connaissances et de compétences.

Sur le plan de la gouvernance, le constat n'est guère plus positif. La gestion du secteur est beaucoup trop politique et bureaucratique. Mais, surtout, elle n'est pas suffisamment innovante et entrepreneuriale.

Trois pistes de changement

Si le Québec veut vraiment progresser dans les années à venir, trois choses devront changer dans notre système d'éducation. Premièrement, il faudra investir dans des contenus éducatifs, des technologies et de nouveaux modèles organisationnels plus performants. Cela permettra aux gens de tous âges d'apprendre plus et mieux, d'avoir accès aux meilleurs formateurs, et ce, de manière plus efficace, flexible, accessible et personnalisée.

C'est la transformation dans laquelle le marché mondial de l'éducation et de la formation est désormais engagé. Et c'est ce qui dictera notre progression collective.

Deuxièmement, pour aspirer à rehausser significativement la compétence de nos gens, il nous faut trouver une manière de marier ce que le monde académique a de mieux à offrir, avec ce qui est devenu aujourd'hui le nerf de la guerre de la nouvelle économie du savoir: le transfert des compétences de ceux qui excellent dans leur domaine.

Concrètement, le deuxième point revient à miser dès maintenant sur des outils, organisations, mesures incitatives et plateformes collaboratives de prochaine génération pour s'approprier cette compétence et la redistribuer efficacement au sein des institutions, notamment nos universités, cégeps, écoles de formation et centres de recherche.

Je rappelle que tous les pays ayant connu une croissance prodigieuse au cours des dernières décennies ont compris l'importance de moderniser leur système d'éducation, mais aussi de maximiser de tels transferts de compétences en ne faisant aucun compromis sur la qualité et la performance des structures impliquées dans ce processus.

Or, j'ose le dire, hormis quelques composantes mieux nanties, privilégiées et innovatrices, notre système d'éducation a une philosophie et une pratique institutionnelle faisant piètre figure sur le plan du transfert des compétences de pointe.

Troisièmement, il nous faut une gouvernance innovante et entrepreneuriale, pour permettre au secteur éducatif de rehausser suffisamment les compétences (à tous âges) et ainsi retrouver les appuis financiers et politiques nécessaires en vue d'investissements plus stratégiques.

Pour un véritable gouvernement du changement

Comme la grande majorité des Québécois, j'applaudis la volonté de changement du nouveau gouvernement. Je lui suggère d'élargir son cadre d'intervention en matière d'éducation et de formation. Dans le contexte actuel, le Québec ne peut plus se contenter d'améliorer un modèle révolu.

D'une part, il serait déjà bon de prévoir quels seront les facteurs de réussite à l'issue de la transformation du marché mondial de l'éducation et de la formation. D'autre part, il faut réaliser à quel point notre réussite collective dépend de notre positionnement sur ce marché aussi vital que stratégique pour notre avenir.

Sans négliger le reste, j'invite aussi le gouvernement à accorder plus d'importance que ses prédécesseurs aux secteurs de l'enseignement supérieur, de la formation professionnelle et de la formation continue. C'est vital.

Mais surtout, j'encourage le premier ministre à insuffler une dynamique de changement entre les différents acteurs des secteurs de l'Éducation, de l'Emploi, des Sciences et de l'Économie, afin qu'ils travaillent ensemble à ce chantier porteur d'avenir qu'est celui du rehaussement de nos compétences collectives.

Osons cette nouvelle Révolution tranquille et le reste suivra.

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