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Quand l'austérité mène à l'empoisonnement d'enfants aux États-Unis

Depuis des mois, des milliers d'enfants et d'habitants de la ville de Flint, au Michigan, s'intoxiquent avec l'eau courante. Après avoir ignoré les plaintes des citoyens qui affirmaient que leur eau trouble et nauséabonde les rendait malades, les autorités locales ont récemment déclaré l'état d'urgence.

Dans le but de réduire ses coûts, la ville de Flint a décidé en avril 2014 de puiser son eau dans la rivière locale plutôt que de l'acheter auprès de Détroit, comme elle avait l'habitude de le faire.

Peu après ce changement, les citoyens de Flint commencent à se plaindre de la qualité de l'eau, responsable selon eux de vomissements, de pertes de cheveux et d'éruptions cutanées.

Des pédiatres de la ville découvrent même chez les enfants un taux anormal de plomb dans le sang.

L'État publie alors un avis informant les résidents de Flint que l'eau courante contient d'importantes quantités de trihalométhanes, un atome de chlore responsable de plusieurs maladies, dont le cancer, mais les autorités continuent d'affirmer que l'eau est potable. On conseille simplement aux habitants de faire bouillir leur eau ou de la filtrer.

Les pétitions et les manifestations s'enchaînent, en vain.

Une enquête est ouverte

À l'automne dernier, le gouverneur du Michigan Rick Snyder obtient finalement six millions de dollars des parlementaires du Michigan pour reconnecter la ville au réseau de Détroit. Mais le mal est déjà fait.

Un centre médical de Flint a mené une étude en septembre qui confirme que la proportion d'enfants ayant un taux trop élevé de plomb dans le sang a doublé depuis 2014.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, la présence de plomb dans le sang affecterait particulièrement le cerveau des jeunes enfants, allant jusqu'à diminuer leur quotient intellectuel, et provoquant des déficits d'attention, des comportements antisociaux ou encore de l'hypertension. Les effets sont qualifiés d'irréversibles.

En novembre, plusieurs habitants intentent un procès contre l'administration de la ville, de l'État, et contre le gouverneur Rick Snyder. Ils affirment que les autorités les ont « délibérément privés des droits qui leur sont conférés par le 14e amendement en remplaçant l'eau potable par une alternative bon marché, connue pour sa toxicité. »

Le ministère américain de la Justice ouvre finalement une enquête sur la gestion de la crise de l'eau potable dans la ville.

Peu après, le maire de Flint, Karen Weaver, appuyé par le gouverneur, déclare l'état d'urgence mi-décembre, invoquant un « désastre causé par l'homme », dans un communiqué.

Le maire demande également l'aide financière du gouvernement fédéral pour pallier les problèmes causés par la contamination à plus long terme, puisque les besoins en pédiatrie et en santé mentale risquent d'augmenter dans la ville de 100 000 habitants.

Des excuses tardives

« C'est une situation malheureuse et je m'en excuse », a déclaré le gouverneur du Michigan Rick Snyder, repentant.

Mais ses excuses tardives n'ont pas convaincu la population locale. Le cinéaste Michael Moore, qui vit à Flint, n'a pas manqué de souligner les mesures « insensibles » et « imprudentes » du gouverneur, duquel il exige l'arrestation dans une pétition.

« Empoisonner tous les enfants dans une ville historique des États-Unis n'est pas une mince affaire [...] Même des organisations terroristes internationales ne savent pas encore comment commettre [des empoisonnements] à cette échelle. »

— Michael Moore, cinéaste résident de Flint

La facture pour réparer les infrastructures de Flint, qui abrite notamment les usines de General Motors, pourrait atteindre 1,5 milliard de dollars, a prévenu le maire Karen Weaver.

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