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Expatriée française, je suis contente d'être restée au Québec pendant la pandémie

Depuis quatre ans à Montréal et citoyenne canadienne depuis peu, je redécouvre presque avec bonheur à quel point il fait bon vivre dans ce climat.
ventdusud via Getty Images

Je me réveille un matin de plus avec les cris des mouettes. Suis-je à Marseille, La Rochelle ou Brest? Non je suis bel et bien toujours sur l’île de Montréal, dans la belle province de Québec, dans mon quartier résidentiel du Plateau. Le silence a repris ses droits, comme ailleurs sur la planète. Pas d’enfants fatigués tôt le matin d’aller à la garderie. Pas de sonnerie qui retentit à l’école dans une explosion de cris surexcités. Le ballet quotidien du départ des parents à destination de leur 9 à 5 étourdissant a cessé.

Les oiseaux s’en donnent à coeur joie. Les mouettes du Saint-Laurent ont fièrement reconquis leur territoire. Observant désormais les chiens qui promènent leur maître sur les trottoirs. Les trottoirs d’une ville qui a plus que jamais de véritables allures de village.

Voilà plus de quatre semaines que le Québec a lui aussi décrété l’état d’urgence sanitaire. Emboîtant le pas au reste du monde, fort du retour d’expérience de l’Europe. Et notamment de son aïeule la France, en état de choc face à une croissance exponentielle de la propagation du virus et à l’atteinte du fameux pic d’épidémie qui se fait toujours lourdement attendre.

François Legault, en «bon père de famille», a immédiatement exhorté la population à une attitude responsable et a déclaré, sur le champ, une série de mesures afin de contenir la propagation. En France, une petite semaine de latence du gouvernement, sur fond d’atmosphère printanière, suivie de consignes draconiennes en «bon père fouettard», aura suffi à semer la panique et instaurer un climat de méfiance et de peur collective.

“Sauf exception dont il faut espérer qu’elles le resteront, la population montréalaise fait preuve dans le contexte présent d’une discipline assez abasourdissante, pour moi la Française”

Un ami québécois me confiait qu’un des derniers grands soubresauts qu’on ait connu ici remonte à 1998: la fameuse crise du verglas, qui avait alors emprisonné la province dans la glace. Si cet événement a pu ébranler un temps un sentiment de sécurité que les Québécois tenaient pour acquis, il a aussi contribué visiblement à forger un formidable esprit de résilience.

Sauf exception dont il faut espérer qu’elles le resteront, la population montréalaise fait preuve dans le contexte présent d’une discipline assez abasourdissante, pour moi la Française. Voire même pour certains d’un calme optimiste, pour le moins agréablement déroutant.

Et pourtant, rester chez soi, quand le printemps pointe enfin tout juste le bout de son nez, après de longs mois dans le négatif du thermomètre, cela semblait un véritable défi. Se confiner encore après des mois à se calfeutrer dans les chaumières? Que nenni ! La grande majorité des Montréalais agit avec prudence et dans le respect des recommandations du gouvernement.

Expatriée depuis quatre ans à Montréal, citoyenne canadienne depuis peu, je redécouvre presque avec bonheur à quel point il fait bon vivre dans ce climat. Où respect, sourire, et parfois même bonne humeur, persistent, et ce y compris dans un contexte de crise. Entendons nous sur le fait que la situation du coronavirus au Québec n’est à ce jour en aucun cas comparable à celle de l’Europe, dont la virulence interpelle. L’insécurité financière est pourtant là de la même manière, nombreux sont ceux qui ont déjà perdu leur emploi. L’insécurité sanitaire est bien présente elle aussi, notamment pour tous ceux qui vont au front en première ligne, que ce soit pour les soins hospitaliers ou la distribution alimentaire.

La civilité toutefois, qui s’assortit immanquablement de son amie du moment la «distanciation sociale», reste bien présente dans un climat sain, et ce dans toutes les sphères. Tant individuelles, que collectives. Y compris politiques. François Legault a déclaré lors d’une conférence de presse la fierté qu’il éprouvait à l’égard de l’attitude responsable des Québécois quant à leur confinement.

Des mots qui contrastent des termes plutôt belliqueux et coercitifs entendus çà et là en France, que ce soit dans les médias et sur les réseaux sociaux, et à travers les témoignages de mes proches. «Guerre», «autorisations», «sanctions», «contrôles», «menaces». Un écart de langage et de positionnement qui donne à réfléchir quant aux méthodes pour administrer une nation et ses populations. Et pour encadrer les crises que traversent et traverseront nécessairement à nouveau nos sociétés, à la vitesse effrénée de la mondialisation.

Révolution tranquille à la québécoise ou révolution dans la Terreur à la française? Quelle approche préférerons-nous pour mener la plus grande révolution que nous ayons connue? La révolution nécessaire qui nous attend au tournant. Celle du changement de nos modes de vie, de consommation, de production. Sans quoi nous reviendrons implacablement à la case départ.

Félicitons-nous en premier lieu de pouvoir évoluer dans cette crise au Québec grâce à la responsabilisation bienveillante de chacun, plutôt que dans la sanction déresponsabilisante de tous appliquée par nos voisins européens.

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