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GNL Québec: le marketing vert des promoteurs industriels

Le discours des environnementalistes est instrumentalisé par ses adversaires dans le contexte de l'implantation de grands projets industriels au Saguenay.
Transport de gaz naturel
La Presse canadienne/Jonathan Hayward
Transport de gaz naturel

L’entreprise GNL Québec revient régulièrement à la charge pour réitérer dans nos médias locaux le bien-fondé de son gigantesque projet Énergie Saguenay. Celui-ci, rappelons-le, consiste à construire une canalisation de 780 km en sol québécois afin d’acheminer le gaz naturel en provenance de l’Ouest canadien vers une nouvelle usine de liquéfaction au Saguenay, pour ensuite l’exporter au moyen d’une flotte de méthaniers empruntant le fjord et le fleuve Saint-Laurent.

Le mouvement d’opposition à ce projet s’est accentué au cours des derniers mois de pair avec les manifestations populaires pour la lutte aux changements climatiques. La pétition de la Coalition Fjord contre GNL Québec a recueilli plus de 40 000 signataires. Une vidéo produite avec l’appui du Pacte pour la transition a récemment été mise en ligne. De nombreux résidents de la région, des militants écologistes et des personnalités publiques y manifestent leur opposition à GNL en reprenant des arguments bien documentés, soutenus notamment par la Fondation David Suzuki, le World Wildlife Fund Canada, Nature Québec, Équiterre et Greenpeace.

GNL Québec continue néanmoins de prétendre partager le même objectif que les environnementalistes, à savoir la réduction des GES à l’échelle planétaire grâce au remplacement du charbon et du pétrole par le gaz, prétendument plus propre. Le promoteur banalise les inévitables fuites de méthane, beaucoup plus dommageables que le CO2, tout au long du processus d’extraction et de transport de ce combustible obtenu en majeure partie par fracturation hydraulique.

“Dans le scénario le plus réaliste, au moins 40% de sa production s’additionnerait plutôt aux sources d’énergies fossiles existantes.”

L’entreprise ignore le consensus scientifique à l’effet que ce gaz ne constitue plus une alternative souhaitable aux autres énergies fossiles. À plus forte raison lorsque qu’il voyage vers d’autres continents. Les pays importateurs visés en Europe et en Asie peuvent s’approvisionner en gaz naturel chez plusieurs de leurs voisins: la Russie arrive au premier rang avec 20% de la production mondiale; le Quatar, l’Iran et la Norvège sont aussi des joueurs importants. Si, comme de nombreux observateurs le croient, le gaz canadien est instrumentalisé à des fins politiques, nous avons là une autre bonne raison pour dire «non merci!» aux investisseurs américains de GNL Québec.

À ce jour, l’entreprise n’a conclu aucune entente avec des acheteurs qui garantirait que son gaz remplacera effectivement des combustibles considérés plus polluants. Dans le scénario le plus réaliste, au moins 40% de sa production s’additionnerait plutôt aux sources d’énergies fossiles existantes.

Pour redorer son image, GNL Québec invoque maintenant les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie à l’effet que le gaz naturel sera encore en demande au cours des deux prochaines décennies. Cette donnée n’implique pas qu’il faille en produire davantage pour satisfaire les besoins. Elle ne justifie pas la construction d’un nouveau gazoduc et l’exportation de carburant par bateaux, l’une et l’autre opération s’étendant sur plusieurs centaines de kilomètres dans des écosystèmes fragiles.

La volonté du promoteur de focaliser l’attention sur l’usine de liquéfaction de Grande-Anse, alimentée en hydroélectricité et potentiellement carboneutre, occulte l’ensemble des impacts environnementaux du projet Énergie Saguenay en amont comme en aval.

En avril dernier, une douzaine de groupes environnementaux ont dû entreprendre une action juridique pour obliger l’Agence canadienne d’évaluation environnementale à exiger de GNL Québec qu’elle prenne en compte les effets de l’augmentation du bruit subaquatique de ses méthaniers sur les espèces de mammifères marins en péril. À l’évidence cette exigence aurait dû être présente dès le départ.

Il en va de même pour le troisième port qu’Arianne Phosphate entend construire sur la rive-nord du Fjord pour l’exportation de son apatite, alors que sa mine se situe à 200 kilomètres au nord. Dans ce cas-ci, faute d’action juridique intentée à temps, l’accroissement du transport maritime n’a pas été pris en considération. La minière a obtenu le feu vert pour aménager un nouveau terminal maritime, lequel entraînera la destruction d’une partie du paysage. À moins que l’entreprise ne se ravise devant la colère des résidents riverains directement affectés...

Toujours à La Baie, la desserte d’approvisionnement en gaz naturel de 13,8 km du projet Métaux BlackRock pose également des problèmes, mais ils ne sont en rien comparables à ceux du Gazoduc de GNL Québec. Et voici que dans la foulée des promoteurs industriels, nous assistons à des tentatives de récupération du discours vert par nos élus municipaux.

“Comme le processus démocratique semble avoir été faussé, plusieurs citoyens ont perdu confiance en nos institutions.”

Certains d’entre eux qui fustigent le projet d’une voie ferrée de 370 km entre Dolbeau-Mistassini et Baie-Comeau (QcRail) invoquent, en plus de la concurrence économique «insoutenable» que leur livrerait la Côte-Nord, des considérations écologiques: zones humides, terres agricoles, territoires autochtones. Par contre, ces individus voient d’un bon œil une conduite de gaz deux fois plus longue, sur le même territoire québécois, au seul usage de l’usine de liquéfaction de GNL Québec!

Les grands projets industriels au Saguenay ont été segmentés afin de faciliter leur approbation par les organismes gouvernementaux chargés d’en évaluer les impacts. Le cumul de leurs effets combiné à l’activité industrielle déjà existante n’a pas été non plus pris en considération. Comme le processus démocratique semble avoir été faussé, plusieurs citoyens ont perdu confiance en nos institutions. L’hésitation de certains candidats aux élections fédérales à se prononcer sur ces enjeux, sous prétexte qu’il faut attendre le verdict de ces mêmes institutions, exacerbe le sentiment de frustration chez de nombreux opposants.

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