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Un gestionnaire qui harcèle les femmes peut-il changer?

Aux personnes invoquant l'âge pour justifier leur scepticisme face au changement, nous disons: «si vous n'avez plus rien à apprendre, il ne vous reste plus qu'à mourir.»

La révélation par le Comité olympique canadien (COC) d'une enquête en matière de harcèlement à l'endroit de Marcel Aubut comportait les ingrédients nécessaires à une tempête médiatique. Il s'agissait d'un homme de pouvoir très connu et ayant plus d'une fois dérangé les traditions. De surcroît, les actes reprochés s'inscrivaient dans le salutaire mouvement de dénonciation du harcèlement ou des agressions sexuelles.

Il faut aussi dire que la reconnaissance d'un problème par Me Aubut s'est fait graduellement. Cela a entraîné une avalanche de confidences visant l'établissement du caractère répétitif des conduites. Très récemment, il a annoncé vouloir changer. Comment cela peut-il se réaliser ?

Rappelons que nous ne sommes pas sur le terrain des accusations criminelles, mais de l'éthique et du droit administratif ou du travail. Il s'agit ici de règles encadrant les responsabilités organisationnelles à l'égard d'un milieu sain pour tous et de comportements éthiques par chacun.

Dans cette perspective, M. Aubut a fait des pas significatifs lors de sa déclaration du 9 octobre 2015. D'abord, il n'est plus le président du COC. Ensuite, il n'est plus vice-président du cabinet d'avocats BCF. Finalement, il a affirmé reconnaître sans réserve avoir blessé des femmes; avoir besoin de leur pardon; vouloir travailler à devenir une meilleure personne avec des spécialistes. Il reste cependant à voir ce que donnera l'enquête du COC. Il pourrait y avoir d'autres développements vers la réparation de torts. Cependant, ces détails demeurent habituellement confidentiels, afin de protéger l'intimité souffrante des personnes impliquées.

Qui sommes-nous pour juger de la sincérité de Me Marcel Aubut ?

Depuis le 9 octobre, Me Aubut a dit et a fait ce qu'il fallait pour ce genre de situation. Il n'a plus les statuts d'autorité dont il a abusé; il a reconnu ses torts; il s'est excusé; et il a annoncé un travail pour changer sa personnalité. Nous considérons qu'un acharnement public sur cette personne n'est pas juste. C'est maintenant à lui d'être à la hauteur de ses dires.

Peut-on changer d'habitudes après de nombreuses années ?

Aux personnes invoquant l'âge pour justifier leur scepticisme face au changement, nous disons: «si vous n'avez plus rien à apprendre, il ne vous reste plus qu'à mourir.»

Tout de même, avouons que parfois le changement souhaitable ne survient pas.

En général, les personnes en cause se sentent bien assises sur leur chaise et ne voient pas de raisons suffisantes pour bouger. Cependant, lorsque le malaise qu'elles ressentent devient plus grand, les gains d'un changement deviennent évidents. Ainsi, une crise aussi forte que celle vécue par Marcel Aubut peut être le catalyseur de transformations positives. Pour cela, plusieurs facteurs sont nécessaires. Mentionnons la prise de conscience, la volonté, le courage, le soutien social, la constance et l'aide professionnelle.

Quels professionnels peuvent aider Marcel Aubut ?

D'abord, les premiers professionnels qui peuvent aider M. Aubut sont ceux qui gèrent les processus de traitement des plaintes et ceux qui mènent l'enquête. On ne règle pas un problème sans en connaître la nature et l'ampleur. En outre, cela fait partie du travail de réparation, essentiel pour la paix avec soi et les autres. Une attitude d'ouverture du mis en cause peut grandement en favoriser des conclusions constructives.

Ensuite, M. Aubut a déclaré vouloir devenir une meilleure personne. À cet égard, un travail de psychothérapie peut mettre en lumière les motivations profondes à la base des comportements problématiques et accompagner une personne vers d'autres façons de satisfaire ses besoins fondamentaux.

Parallèlement, un psychologue organisationnel peut contribuer à l'amélioration de la qualité de vie d'un mis en cause et des personnes qu'il côtoie. L'un des aspects prometteurs évoqués par M. Aubut lui-même est sa façon de travailler. Il est largement reconnu que cet homme est un bourreau de travail demandant des contributions, sans égard à l'heure ou au jour. «J'ai vécu à 200 km/h», a-t-il déclaré le 9 octobre. Soyons clair là-dessus, ce n'est pas possible sans conséquences néfastes.

À ce rythme, plusieurs problèmes sont susceptibles de surgir. Comme psychologues organisationnels, nous avons pu constater à maintes reprises les effets négatifs autour des bourreaux de travail. La vie personnelle et la vie professionnelle se confondent de plus en plus. Conséquemment, des frontières souhaitables entre des personnes ou des situations s'effacent.

Par ailleurs, l'être humain ayant génétiquement besoin de plaisirs, les risques sont élevés qu'un tel contexte ne permette pas de couvrir la gamme nécessaire de satisfactions. Alors, il est normal qu'apparaissent des comportements de compensation devenant de plus en plus impulsifs. Avec le temps, ces attitudes et comportements sont susceptibles de devenir des habitudes.

Ajoutons à cela la persistance de cultures de gestion marquées par des manques de considération, auxquelles M. Aubut faisait référence en parlant de ses comportements mal adaptés à l'époque.

Finalement, comme il l'a dit, vivre à 200 à l'heure ne permet pas de voir les effets négatifs produits sur les autres.

Devant ce type de situation, le psychologue organisationnel peut mettre à profit quatre points positifs:

• la prise de conscience ;

• la grande force de caractère ;

• la volonté de changement ;

• le réseau social.

Prenons l'exemple de M. Aubut. Il est indéniablement un leader. Cette force ne doit pas être éteinte, mais canalisée autrement. Pour y arriver, les points suivants peuvent être explorés:

• Comment trouver un meilleur équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle ?

• Quelles sont les motivations principales comme leader et comme personne ? Comment y travailler de manière à mieux rassembler les gens côtoyés ?

• Comment établir des collaborations aussi efficaces qu'auparavant, mais plus fertiles sur le plan humain ?

• Quels comportements sont problématiques, dans quelles circonstances se produisent-ils ? Quelles personnes sont affectées ?

• Quels signaux percevoir et quelles stratégies adopter pour éteindre ces comportements répréhensibles ou nuisibles ?

Malgré le grand scepticisme affiché par certains, il est tout à fait possible de changer d'habitudes. Au-delà de la douleur qui l'accompagne, une crise est une opportunité en or d'amélioration et de développement personnel. Une personne capable de courage et de détermination est en mesure d'accepter de voir, de changer, et d'être vraiment en paix avec elle-même et les autres.

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