Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

L'immigration risque de ne pas revenir à la normale avant longtemps au Canada

L'immigration pourrait prendre un certain temps avant de revenir à ce qu'elle était avant la pandémie, et ça pourrait avoir un impact sur le pays.
Des travailleurs mexicains maintiennent la distanciation à leur arrivée à l'aéroport Trudeau avant d'être conduits vers les fermes du Québec, le mardi 14 avril 2020.
Ryan Remiorz/The Canadian Press
Des travailleurs mexicains maintiennent la distanciation à leur arrivée à l'aéroport Trudeau avant d'être conduits vers les fermes du Québec, le mardi 14 avril 2020.

Il est peu probable que le Canada atteigne son objectif ambitieux en matière d’immigration cette année. Et même après la fin de la pandémie, les schémas de migration pourraient ne pas revenir à ce qu’ils étaient avant la COVID-19, selon les prévisions économiques.

Cela pourrait freiner la remise sur pied du pays, ainsi que les reprises d’autres pays développés dont les économies dépendent de l’immigration, indiquent de récents rapports économiques.

Dans un effort pour rattraper le temps perdu pendant la pandémie, le gouvernement fédéral a augmenté sa cible à 401 000 immigrants pour 2021, le plus haut niveau jamais enregistré. Mais deux nouveaux rapports - l’un de la Banque Royale du Canada , l’autre de Capital Economics - mettent en doute l’atteinte de cet objectif.

Les restrictions à la frontière «resteront en vigueur dans un avenir prévisible» et, associées à des mesures de quarantaine, cela pourrait faire en sorte que «les déplacements au Canada seront impossibles pour de nombreux immigrants potentiels», écrit l’économiste de RBC Andrew Agopsowicz.

Pour cette raison, Agopsowicz s’attend à l’arrivée de 275 000 immigrants au Canada cette année, et cela seulement si «les choses reviennent à la normale» au cours de la seconde moitié de l’année.

En 2020, le Canada a accueilli 184 000 nouveaux résidents permanents, soit un peu plus de la moitié de l’objectif de 341 000, note l’économiste de RBC.

«Compte tenu des délais, nous devrions nous attendre à ce que cette baisse ait un impact sur les niveaux au moins jusqu’en 2022», ajoute Agopsowicz dans un courriel au HuffPost Canada.

Pour sa part, le gouvernement fédéral demeure convaincu qu’il atteindra ses objectifs au cours des prochaines années.

«En janvier 2021, nous avons accueilli près de 10% de nouveaux résidents permanents de plus qu’en janvier 2020, alors qu’il n’y avait pas de pandémie», a déclaré un porte-parole d’Immigration Canada dans un échange de courriels avec le HuffPost.

«La migration mondiale a été bouleversée par la pandémie. … Pourtant, nous avons pris des mesures rapides et avons parcouru un long chemin depuis le début de la pandémie - en fournissant des ressources supplémentaires là où elles sont le plus nécessaires, en rationalisant nos processus et en accélérant le redémarrage des systèmes. Grâce à ces nouvelles mesures… le volume des décisions finales se rapproche des niveaux d’avant la pandémie.»

L’immigration n’est plus ce qu’elle était

Mais même après la pandémie, l’immigration pourrait avoir un visage différent.

Il y a des signes forts que la mobilité ne reviendra pas aux niveaux précédents avant un certain temps, a souligné l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans une analyse des migrations l’automne dernier.

«Cela est dû à une demande de main-d’œuvre plus faible, à de sévères restrictions persistantes sur les déplacements ainsi qu’à l’utilisation généralisée du télétravail parmi les travailleurs hautement qualifiés et à l’apprentissage à distance par les étudiants.»

Les demandes de résidence permanente au Canada ont chuté de plus de 50% en 2020, et bien que cela soit en partie lié à la fermeture des centres de traitement des visas dans le monde, cela a aussi à voir avec «la dégradation des conditions économiques au Canada», selon Agopsowicz.

À VOIR AUSSI: Aux États-Unis, Joe Biden engage une rupture nette avec son prédécesseur

Certains économistes - comme Mikal Skuterud de l’Université de Waterloo - se sont demandé si un objectif d’immigration élevé était logique à un moment où le Canada a perdu 850 000 emplois au cours de la dernière année. Ils craignent que les nouveaux arrivants ne gonflent les rangs des chômeurs dans la période post-pandémique.

Les données montrent que les migrants ont été les plus touchés par les fermetures liées à la pandémie.

«Dans tous les pays pour lesquels des données sont disponibles, le chômage des immigrants a augmenté davantage que celui de leurs pairs nés dans le pays», écrit l’OCDE.

«Les plus fortes hausses chez les immigrants ont été observées au Canada, en Norvège, en Espagne, en Suède et aux États-Unis. En Suède, près de 60% de l’augmentation initiale du chômage est imputée aux immigrés.»

Le rapport note que ces migrants sont souvent en première ligne de l’effort contre la COVID-19. Parmi les 37 pays développés et en développement membres de l’OCDE, qui comprend le Canada, les migrants représentent un médecin sur quatre et une infirmière sur six.

Retard de croissance

Le déclin des migrations pendant la pandémie menace non seulement le bien-être des migrants, mais aussi celui des habitants des pays en développement qui dépendent des envois de fonds de ces migrants. Et cela pourrait avoir des effets à plus long terme sur la croissance des pays développés, comme le Canada, qui dépendent fortement des migrants.

Dans un rapport publié en décembre, le Fonds monétaire international (FMI) a estimé que, dans cinq ans, la population australienne en âge de travailler sera de 2% inférieure à ce qu’elle aurait été normalement en raison du déclin de l’immigration pendant la pandémie.

Pour l’Australie, qui compte comme le Canada sur l’immigration pour la croissance économique, cela représentera une économie de 1,2 à 1,7 pour cent plus petite, a déclaré le FMI.

Cela pourrait avoir un impact sur des éléments comme la dette publique, qui est plus facile à rembourser avec une population croissante, et donc une assiette fiscale croissante.

Les gouvernements devront peut-être modifier leurs stratégies économiques pour faire face au déficit, selon le rapport du FMI.

«En plus de s’attaquer aux effets d’une profonde récession à court terme, les décideurs politiques devraient rapidement assumer la tâche difficile de stimuler la production potentielle à moyen terme tout en veillant à ce que la reprise soit inclusive et protège les plus touchés par la crise.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.

Suggest a correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.