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«J'aime Hydro», enquête sur une société d'État québécoise

Ici le rapport des Québécois avec Hydro-Québec, et leur compréhension des décisions et des actions que pose la société d'État, sachant que la communication ne semble pas être sa spécialité...

Peu de décors sur la scène quand la pièce débute: deux tables et un écran où seront projetées différents types de vidéos. Au micro du centre prend place la jeune et belle Christine Beaulieu. Ses deux acolytes occupent les deux tables sur les côtés. Mathieu Doyon, à droite, restera aux commandes des éclairages, du son et de la vidéo. Mathieu Gosselin à gauche va jouer tous les rôles qui complètent celui de Christine Beaulieu : le cinéaste Hugo Latulipe, l'acteur Roy Dupuis, l'expert en gestion stratégique d'Hydro Roger Lanoue et bien d'autres jusqu'à Krishna, une sorte de diseur de bonne aventure, sans oublier le plus récurrent de tous les rôles qui complètent Christine Beaulieu, celui d'Annabel Soutar, directrice artistique de Porte Parole - la compagnie spécialisée dans les pièces de théâtre documentaires - et qui signe la dramaturgie de celle-ci, J'aime Hydro.

Car il s'agit bien de théâtre documentaire : du théâtre - sans aucun doute - mais dont le sujet est une question contemporaine controversée. Ici le rapport des Québécois avec Hydro-Québec, et leur compréhension des décisions et des actions que pose la société d'État, sachant que la communication ne semble pas être sa spécialité...

Ainsi, c'est à la narration de la vraie enquête de Christine Beaulieu - toujours en cours et à la demande d'Annabel Soutar - qu'assistent les spectateurs dans la salle de théâtre. Au Cégep, confie Christine, celle-ci a hésité entre la voie du théâtre et la voie des enquêtes policières. Voici que les deux genres sont joliment rassemblés, et le talent de l'actrice enquêtrice fait qu'elle inclut dans son discours, joué théâtralement, mille petits détails comme ses états d'âme, divers à-côtés de l'enquête, les événements anodins qui remplissent sa vie (présentés sous forme d'accumulations très drôles), ses résistances personnelles face à cette mission qu'elle a acceptée à contrecœur, et tant d'autres effets d'autodérisions délicieux qui donnent le ton à un vrai spectacle théâtral plein d'humour et d'intelligence.

Christine Beaulieu est partie de rien dans son enquête. Pas spécialement intéressée par ce que d'aucuns désigneraient volontiers comme un scandale dans l'attitude de la société d'État, elle écoute les différents points de vue avec attention et bienveillance, en essayant de comprendre, sans préjugés sinon ceux de l'époque qui veut qu'on soit un peu attentifs à l'environnement et à l'état de la planète.

Ainsi, l'enquête est-elle menée rondement. Alors que Christine Beaulieu ignorait tout de l'électricité, voilà qu'elle se transforme peu à peu en experte des barrages, des kilowattheures et térawattheures, des problèmes de puissance et de distribution, des ventes d'énergie et des programmes d'efficacité énergétique, et jusqu'à la structure de la société ou les autres formes d'énergie du marché... En bref, c'est tout un monde qui se dévoile sous nos yeux. Et je suis sûre que la plupart des spectateurs de la salle - y compris moi - en étaient au même niveau d'ignorance que Christine Beaulieu au début de son enquête.

En plus des extraits vidéo de la vraie enquête en cours, les différents personnages invités dans la pièce s'expriment avec conviction et expertise sur le sujet de la controverse. Mais comme bien entendu, leurs avis ne convergent pas du tout, et c'est tant mieux. Du coup, on ressort de la pièce avec plus de questions que de réponses, ce qui est très bien. Pas de plaidoyer dans la pièce. Juste un éveil de la conscience sur un sujet parmi tant d'autres qui nous font vivre, nous concernent de près, mais auxquels nous n'attribuons pas de temps à leur compréhension.

Une belle mise en abyme de l'enquête et de la conception de la pièce dans la pièce. Le tout est toujours en cours et connaîtra une suite, du 4 au 13 avril 2017 à l'Usine C. Mais pour l'heure, il est encore possible d'assister au premier acte de la pièce au théâtre La licorne ou de l'écouter gratuitement en direct sur le web jusqu'au 10 septembre. En cliquant sur le lien tout le monde peut ainsi prendre part à cette enquête citoyenne sur Hydro Québec...

J'aime Hydro, au théâtre La Licorne, du 30 août au 10 septembre 2016.

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

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