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Le coming out dont je me fiche

Faire d'un coming out la grosse affaire du jour tranforme l'orientation sexuelle en question importante, alors que ça ne l'est pas. En 2016, ici au Québec, ça ne l'est plus. Pareil pour la religion. Pareil pour la couleur de peau.
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Je me fiche du coming out de Cœur de Pirate, je me fiche du non-coming out de Salvail. Je me fiche de l'orientation sexuelle de pas mal tout le monde. Non seulement je m'en fiche, mais quand je vois passer les articles sur le sujet, je me dis: «Pourquoi?»

Bon, il y a eu Orlando. Il y a partout dans le monde des injustices face aux homosexuels. Je comprends cela. Mais ici, au Québec, faire un coming out parce que tu es «queer» est pour moi aussi pertinent que si tu fais un coming out pour annoncer que tu mets de la moutarde dans ton spagat.

Là, je m'attends à recevoir les roches des «queers», des homosexuels, des trans et de toute la communauté LGBT.

J'ai 37 ans, et (attention, scoop) je ne suis pas une hétéro traditionnelle, mais je ne suis pas non plus une lesbienne mariée. Mais on s'en fiche, non? On est en 2016 et on est au Québec.

Je crois qu'on est rendu là. Oui oui. On est rendu qu'on lève les épaules d'indifférence face à un coming out. J'ai questionné quelques personnes dans mon entourage. On s'entend que ce n'est pas du tout une recherche scientifique quand tu questionnes 10 à15 personnes proches de toi. Des personnes d'âges variés, entre 6 et 64 ans.

Personne ne savait ce que «queer» signifiait. Mais bon, ça importe peu, c'était juste pour savoir si j'étais la seule ignorante de la gang. J'ai demandé aux gens si le coming out d'une personne connue les intéressait, si c'était pertinent. Et bien, aucune ne m'a répondu oui. ZÉRO. Voici quelques-unes de leurs réponses :

6 ans : «Ça change rien de qui un humain est amoureux.»

38 ans : «C'est-tu insignifiant, y'inque un peu comme nouvelle.»

64 ans : «C'est pas de nos affaires. On s'en sacre un peu non?»

41 ans : «Je m'en crisse!»

15 ans : «S'ils veulent le dire, ils peuvent, mais ce n'est pas une nouvelle. On le sait qu'on peut être amoureux d'un homme ou d'une femme.» (Une ado de 15 ans a dit cela)

41 ans, lesbienne : «Ça ne change rien de parler de nos préférences comme d'une nouvelle. Le mieux, selon moi, c'est de simplement présenter la personne que l'on aime, sans en faire un show, parce que c'est normal ici. Ce n'est plus la grosse affaire, c'est passé ce temps-là.»

Dans le mille.

C'est pour ça que je m'en fiche. Et que je m'en fiche comme toutes les personnes que j'ai questionnées. S'en contreficher, c'est une maudite bonne affaire. Se sacrer du coming out ou du non-coming out de quelqu'un ou quelqu'une signifie que d'aimer une personne du même sexe, c'est devenu banal. Ce n'est plus quelque chose d'exceptionnel. C'est quelque chose de socialement accepté. On est passé à autre chose.

Oui, il y a encore des homophobes. Il y en aura toujours. Comme il y aura toujours des racistes. Comme il y aura toujours des cons. On ne s'en sort pas.

Faire d'un coming out la grosse affaire du jour fait de l'orientation sexuelle une question importante, alors que ça ne l'est pas. En 2016, ici au Québec, ça ne l'est plus. Pareil pour la religion. Pareil pour la couleur de peau.

Même avec la tuerie d'Orlando, je ne vois pas la nécessité pour la société québécoise de faire comme si ici, on avait ce besoin de faire la Une avec les préférences sexuelles de telle ou elle personnalité ou avec le choix de son amoureux (ou amoureuse).

Je crois qu'au Québec, on est rendu là. On n'a plus besoin de nous apprendre en primeur l'orientation sexuelle d'une personne. Puis, on est chanceux. Ça fait de nous un maudit beau peuple qu'on n'en ait rien à cirer qu'un homme aime un homme ou qu'une femme aime une femme ou qu'elle aime un homme. Ça nous est égal, parce qu'on sait maintenant qu'il n'y a plus de ligne directrice pour nous dicter qui aimer. L'amour n'a pas de sexe. That's it.

Mais je peux me tromper. Peut-être que c'est seulement mon entourage qui est ouvert...

En terminant, petit message à Cœur de pirate :

Comme plein de Québécois, je n'ai pas d'amis gais. Je n'ai pas d'amies lesbiennes. Je n'ai pas d'amis hétéros. Je n'ai pas d'amis bisexuels. Je n'ai pas d'amis catholiques. Je n'ai pas d'amis musulmans. J'ai juste des amis.

Comme plein de Québécois, je n'ai pas d'enfant blanc, d'enfant noir ou d'enfant handicapé. J'ai juste des enfants.

Comme plein de Québécois, je n'ai pas de chanteuse «queer» préférée. Je n'ai pas de chanteuse lesbienne préférée. Je n'ai pas de chanteuse hétéro préférée. J'ai juste des chanteuses préférées.

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