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Le Parlement est encore un territoire de mâles alpha

En 2016, le Parlement canadien demeure un territoire de mâles alpha qui rebute bon nombre de femmes.

Un vote de la Chambre des communes a tourné à la foire d'empoigne mercredi dernier. On aurait dit un gala de lutte en primeur sur la chaîne CPAC. Je fais bien entendu référence au moment où un premier ministre impatient a traversé la Chambre et tenté de ramener le whip conservateur à son siège, donnant au passage un coup de coude à la députée Ruth Ellen Brosseau.

Le «coudegate» s'est vite retrouvé à la une des médias canadiens et même internationaux, avec des titres tels que « Les Canadiens mécontents que Trudeau ne se soit pas assez excusé ».

Cédant à la tentation partisane, le NPD a exagéré la portée de cet incident, le qualifiant de « violence physique » et affirmant que le monde extérieur le percevrait comme une « agression ». Bien qu'il soit insultant pour les victimes de comparer un geste accidentel à une véritable agression, le comportement de Justin Trudeau n'en demeure pas moins symptomatique d'un sérieux problème. En 2016, le Parlement canadien demeure un territoire de mâles alpha qui rebute bon nombre de femmes.

La Chambre des communes, en particulier, semble plus souvent peuplée de tyrans de cour d'école que d'adultes intelligents prenant des décisions cruciales pour l'avenir de ce pays. Impatient de faire adopter une loi sur l'aide médicale à mourir, le premier ministre a pété les plombs et fait ce que plusieurs hommes puissants tentent de faire sous l'emprise de la colère, c'est-à-dire prendre le contrôle physique d'une situation. Selon un certain nombre de députés présents, Trudeau aurait même dit « get the fuck out of my way » au moment de se précipiter sur sa cible.

Tant pis pour les voies ensoleillées.

Le comportement de Justin Trudeau renforce l'idée que la colère masculine est plus efficace que la patience et la négociation.

Le chef du NPD Thomas Mulcair a eu un comportement tout aussi macho lorsqu'il a toisé le premier ministre, les yeux rouges de colère, obligeant d'autres députés à s'interposer. « Quel genre d'homme donne un coup de coude à une femme? Tu es pathétique ! » a-t-il vociféré. Personnellement, je lui poserais cette question : « Quel genre d'homme fait monter la tension sous prétexte de défendre l'honneur d'une femme? »

Réponse : un ivrogne à la sortie d'un bar à deux heures du matin.

La triste réalité est que cet instinct animal est monnaie courante au Parlement. Le «coudegate» s'ajoute aux cris et aux battements de poitrine caractéristiques des séances de routine. Voilà qui explique pourquoi les femmes forment à peine un quart de la députation fédérale.

Lors d'un colloque, la chef du Parti vert Elizabeth May a déjà comparé le Parlement à un boys club : « Je n'ai jamais travaillé dans un milieu aussi largement dominé par des hommes et inondé de testostérone que la Chambre des communes. » Même le décorum de cette institution est empreint de violence.

Comme l'a souligné Jane Taber dans le Globe and Mail, l'autorité de son président est symbolisée par une masse d'armes médiévale, et les banquettes du gouvernement et de l'opposition sont séparées par deux longueurs d'épées. Cette distance permettait jadis d'éviter que deux députés rivaux ne se tailladent.

Le comportement de Justin Trudeau renforce l'idée que la colère masculine est plus efficace que la patience et la négociation. L'incident de la semaine dernière s'ajoute à plusieurs autres en apparence isolés, mais qui finissent par avoir un effet cumulatif. Dans un tel environnement, les hommes se sentent autorisés à céder à leurs bas instincts, et cela peut conduire à des méfaits plus graves qu'un coup de coude.

Dans un billet récent, la députée conservatrice Michelle Rempel relate comment des collègues masculins l'ont traitée de « chienne », lui ont suggéré d'avoir l'air « plus enjouée » et lui ont poigné les fesses pour que le choc émotionnel l'oblige à se soumettre. En 2014, Justin Trudeau a lui-même exclu deux députés du caucus libéral à la suite d'allégations de harcèlement sexuel émanant de députées néo-démocrates. En 2015, un sénateur a également été expulsé du caucus conservateur après qu'une adolescente ait allégué avoir eu une relation avec lui.

Aux États-Unis, vous n'aurez pas besoin de chercher bien longtemps pour trouver des inconduites similaires. Les exemples sont assez nombreux pour dissuader n'importe quelle femme de se présenter en politique. Les scandales sexuels impliquant Bill Clinton et Anthony Weiner font partie du folklore.

Pour sa part, Donald Trump s'est donné une image de mâle alpha pour mieux faire campagne, n'hésitant aucunement à tenir des propos dégradants envers les femmes. Même Bernie Sanders fait souvent valoir son point de vue en criant.

La crise de colère de Justin Trudeau n'était pas une agression à proprement parler, mais elle nous rappelle que l'agressivité masculine est encore très répandue au sein de la classe politique. Tant que la Chambre des communes ressemblera à un ring de lutte, n'espérez pas y trouver la parité hommes-femmes.

Cet article a été initialement publié dans le Ottawa Citizen.

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