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Manifeste pour une pédagogie renouvelée: la démission tranquille

Pour les auteurs du, l'enseignant est ennuyeux et les étudiants ne demandent qu'à être distraits, dans tous les sens du mot.

Dans sa chronique Les mutations tranquilles du 1er juin, Fabien Déglise du Devoir nous entretenait du Manifeste pour une pédagogie renouvelée, active et contemporaine écrit par un collectif de chercheurs et d'enseignants.

Curieux, je me suis précipité vers le texte en question, désireux d'y retrouver des éléments de réflexion sur le monde de l'enseignement.

Malheureusement, ce que j'y ai trouvé n'est qu'un condensé de cette tristement célèbre réforme de l'éducation que les pédago-à-gogo du ministère de l'Éducation ont tenté de nous rentrer dans la gorge et surtout dans le cerveau. Tout y est: les mythes pédagogiques, la vision manichéenne de l'enseignement et le vocabulaire indigeste.

Ainsi, à lire ce Manifeste, on se rend compte rapidement que le vœu le plus cher qui anime ses auteurs, c'est de voir s'estomper l'écart entre l'enseignant et l'élève au risque de voir disparaître le premier au profit du second: «L'enseignant doit donc quitter son rôle de détenteur des savoirs et guider ses élèves dans l'acquisition et l'appropriation de ceux-ci.», nous disent-ils.

Ainsi, l'enseignant doit descendre de son piédestal pour se mettre au niveau de ceux que l'on qualifie dorénavant d'«apprenants». Dans ce contexte, l'enseignant doit être considéré non pas comme celui qui sait des choses qu'ignorent les élèves, mais plutôt comme celui qui ouvre le chemin, comme un guide et, pourquoi pas, comme un simple animateur de groupe!

Pour eux, il est évident que l'enseignant sauce traditionnelle est un être fondamentalement ennuyeux et que les étudiants ne demandent qu'à être distraits, dans tous les sens du mot: «Nous constatons quotidiennement, non sans une certaine tristesse, que les enseignants sont actifs dans leur enseignement alors que les élèves sont passifs dans leur apprentissage.»

Évidemment, cette vision manichéenne de l'enseignement est totalement fausse. Lorsque les étudiants écoutent un cours magistral, ils sont loin d'être passifs. Par exemple, dans les cours que je donne, les étudiants ont à se préparer pour le cours à venir. Cela se fait en lisant des textes, en répondant par écrit à différentes questions et en cherchant le vocabulaire inconnu. Pendant le cours comme tel, ils auront à suivre le fil de mes explications, à prendre des notes, à répondre aux nombreuses questions que je soulèverai dans le but justement de les tenir en haleine. Par la suite, au moment de l'évaluation, ils auront à répondre à une question synthèse et ils recevront des commentaires qui leur permettront d'améliorer leur compréhension, de développer leur sens critique, etc.

Dans une classe équilibrée, une interaction doit s'installer entre les deux parties. Évidemment, lorsqu'un enseignant n'arrive pas à capter l'attention de ses étudiants, en somme à jouer son rôle, on peut comprendre qu'il puisse être tenté de miser le tout pour le tout sur les technologies de l'Information et de la communication (TIC) pour camoufler ses propres carences. Toutefois, présentez aux élèves un enseignant inspirant et stimulant et ils mettront de côté leurs TIC dans lesquelles eux et leurs enseignants - moi y compris - passent déjà une bonne partie de leur journée. Mais ce genre d'enseignant, ça ne s'achète pas, pas même chez Future Shop!

Les rédacteurs de ce Manifeste aimeraient que notre système d'éducation puisse «permettre à l'élève de trouver ses propres réponses en accédant à l'immensité de la connaissance au moment où il en a besoin», tout cela grâce aux capacités infinies du Web. En fait, ce à quoi ces auteurs aspirent, c'est de mettre en haut ce qui était en bas et vice-versa: «À l'heure actuelle, l'organisation scolaire tout entière repose sur la prétention que l'enseignant est au centre de toute activité de nature pédagogique, alors que nous estimons que c'est plutôt l'élève qui doit être placé au centre de ses apprentissages.»

Comment peut-on en venir à concocter une formule aussi racoleuse? Personne ne viendra nier que l'élève doit être au centre de notre système d'éducation et la préoccupation première de l'enseignant. Mais c'est justement parce qu'il a à cœur la réussite et le développement académique et humain de ses élèves que l'enseignant se donne comme tâche, lorsqu'il ne renonce pas à son véritable rôle, de tirer le jeune vers le haut en le faisant accéder à de nouveaux savoirs et à de nouvelles façons de voir le monde et de penser, au lieu de le laisser patauger dans ses désirs et dans ses besoins, qui ont de la peine à prendre forme tellement sa vie intellectuelle et spirituelle est encore embryonnaire.

Mais rien n'y fait. Les auteurs de ce Manifeste préfèrent s'en remettre aux vertus de la métacognition qui «permettent aux apprenants d'apprendre à apprendre» afin que l'élève puisse devenir «son propre enseignant». Ainsi, «pour favoriser l'émergence du processus créatif», ajoutent-ils, «les enseignants doivent laisser les élèves les surprendre, leur faire confiance, accepter une certaine dose d'inconnu, voire d'inconfort, et être moins directif». Pour y arriver, le milieu scolaire devrait miser, selon eux, sur la dimension hédoniste de l'apprentissage en allant jusqu'à «ludifier» ce processus.

Pour réagir à ceci, je laisse la parole à Hegel qui, déjà en 1820 dans ses Principes de la philosophie du droit, répondait ce qui suit à cette vision rousseauiste tout droit sortie de l'Émile ou De l'éducation: «La pédagogie du jeu traite l'élément puéril comme quelque chose de valable en soi, le présente aux enfants comme tel, et rabaisse pour eux ce qui est sérieux, et elle-même à une forme puérile peu considérée par les enfants.»

Deuxième partie: Google, notre maître à tous!

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