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Boycottage de nos politiciens envers Marine Le Pen: une bonne idée?

Que nos politiciens refusent de les rencontrer peut bien paraître pour le moment, certes. Mais si ceux-ci réussissent à obtenir le pouvoir au cours des prochaines années, la balle risque de se retourner contre nous.

Marine Le Pen, présidente du Front national en France, fait cette semaine une tournée au Canada afin de rencontrer des acteurs politiques importants à Ottawa et à Québec. Il est assez rare qu'une personnalité politique étrangère soit en séjour ici aussi longtemps.

Nombreuses sont les personnes qui connaissent les orientations du controversé parti politique, tant en France qu'ailleurs. Qualifié d'extrême droite par l'ensemble des médias mondiaux, il est souvent reconnu comme un parti anti-immigration et surtout anti-Islam. Bien que Marine Le Pen ait réussi à modérer et rendre présentable le parti fondé par son père aux tendances fascistes, elle ne l'a toutefois pas énormément éloigné de son orientation originale.

Ainsi, à son arrivée au Québec, peu de politiciens ont accepté de la rencontrer. À Ottawa, elle ne rencontrera ni Justin Trudeau, ni Rona Ambrose et ni Thomas Mulcair. À Québec, même son de cloche: refus de la part de Philippe Couillard, de Pierre Karl Péladeau et de François Legault de la rencontrer.

Mais la réaction la plus étonnante est probablement celle de Bernard Drainville, qui déclara qu'elle pouvait «retourner chez elle». Pourtant, en politique québécoise, c'est bien lui qui est le plus souvent associé au FN en raison de la Charte des valeurs, et il le sait. Depuis la défaite du PQ en 2014, il tente par tous les moyens de se dissocier de l'étiquette raciste qu'on lui donne. Avec l'arrivée de Marine Le Pen au Québec, il s'agissait d'une occasion en or pour lui de démontrer qu'il ne l'est pas, d'où la présence de son commentaire. Toutefois, pour le Parti québécois, le FN est un allié puisqu'il est généralement ouvert aux indépendances nationales. Bernard Drainville a donc effrité la reconnaissance internationale d'un éventuel référendum gagnant, simplement pour pouvoir s'enlever l'étiquette de raciste.

Mais plus généralement, Marine Le Pen n'est pas n'importe qui. Elle est à la tête d'un parti qui arrive, selon plusieurs sondages, au premier rang des intentions de vote en France. Elle pourrait éventuellement devenir présidente d'un État qui a de très importantes relations économiques et politiques avec le Canada, et particulièrement le Québec.

Le refus de nos politiciens de la rencontrer semble être motivé avant tout par du marketing politique. Quel parti, tant au provincial qu'au fédéral, voudrait être associé au parti d'extrême droite de Marine Le Pen? Cela pourrait engendrer des répercussions électorales avec les minorités culturelles. Pour ne pas perdre d'appui, tous les partis choisissent de boycotter la politicienne française.

Qu'en serait-il si Donald Trump, le controversé candidat républicain aux États-Unis qui dispose de réelles chances de devenir le prochain président des États-Unis, demandait à son tour de rencontrer nos politiciens? Refuseraient-ils de le rencontrer lui aussi? Le ferons-nous pour tous ceux qui n'ont pas les mêmes opinions que nous? La liste risque de devenir longue, et pourtant, une rencontre ne signifierait pas un appui à ses idées...

Que nos politiciens refusent de les rencontrer peut bien paraître pour le moment, certes. Cela envoie le signal que nous nous dissocions des propos véhiculés par ces individus. Mais si ceux-ci réussissent à obtenir le pouvoir au cours des prochaines années, la balle risque de se retourner contre nous.

Nos relations économiques et politiques avec nos principaux alliés seraient alors affectées; ceux-ci prioriseront dorénavant les relations avec d'autres États. Nous perdrions l'estime d'un grand nombre de Français et contrarierions nos politiques de liberté d'expression. Si un tel scénario survient, nous en serions les principaux perdants puisque nous gagnons davantage à notre amitié avec les États-Unis et la France qu'à l'inverse.

Que nous soyons d'accord ou non avec les opinions de personnalités politiques étrangères, nous devrions toujours les accueillir et les prendre au sérieux, surtout lorsqu'elles proviennent de nos principaux partenaires. Si nous voulons signer de nouveaux accords économiques, faciliter l'entraide avec nos partenaires et défendre notre territoire s'il devient menacé, nous voudrons certainement pouvoir compter sur eux pour nous aider, malgré nos opinions divergentes.

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"Une femme libre, une mère, une Française"
DR
Ce qu'elle dit: "Je suis une femme libre, une mère, une Française et j'ai choisi de m'engager pour mon pays". Voilà comment Marine Le Pen se présente sur son blog de campagne où se côtoient des images intimes ou mises en scène. Entre une scène de dîner entre copains et une photo de Marine Le Pen en train d'arroser des fleurs, on y devine son compagnon, Louis Aliot (en haut à droite) ainsi qu'une de ses filles (en bas à droite), dessinant le visage apaisé d'une famille moderne et sans histoire.

Ce qu'elle ne dit pas: A aucun moment son appartenance au Front national n'est cité ni même affiché, ne serait-ce que par l'intermédiaire d'un logo. Notez que jamais Jean-Marie Le Pen, avec lequel la présidente du FN est en conflit, n'apparaît dans cet album de famille. Ces photos sont d'ailleurs plus politiques qu'il n'y parait. Comme l'a relevé le journaliste du Monde Abel Mestre, c'est bien l'ombre de Frédéric Chatillon qui se dessine à gauche de la photo du dîner entre copains. Ancien gudard et patron de Riwal, Frédéric Chatillon tout comme sa société sont mis en examen dans l'affaire des kits de campagne du Front national.
Une femme politique médiatique
DR
Ce qu'elle dit: Si elle n'est plus omniprésente dans les médias, Marine Le Pen rappelle qu'il s'agit d'un choix et non d'une contrainte. En témoigne les quelques photos de ses apparitions sur les principaux plateaux de télévision disséminées sur son blog. Elle y apparaît sereine et détendue, preuve qu'elle sait se faire entendre.

Ce qu'elle ne dit pas: Courtisée par de nombreux médias, Marine Le Pen entretient malgré tout des relations compliquées avec la presse, qu'elle accuse régulièrement de "caricaturer" ses propos. Le micro d'Itélé qu'elle tient sur la photo de droite nous renvoie d'ailleurs au fait qu'elle a un temps menacé de boycott la chaîne tout info lorsque celle-ci s'est séparée du polémiste d'ultra-droite Eric Zemmour. Notez qu'aucune photo de ses entretiens musclés avec Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV n'a été mise en ligne.
Une femme qui aime les chats
DR
Ce qu'elle dit: "Qui n'aime pas les bêtes n'aime pas les gens". Voilà peu ou prou le message subliminal qu'adresse Marine Le Pen à ses électeurs en affichant ostensiblement sa passion pour les félins. Peu à l'aise sur les thématiques environnementales, le Front national est en revanche très engagé dans la question des droits des animaux, comme en témoigne sa proximité avec la fondation Bardot.

Ce qu'elle ne dit pas: Cette avalanche de photos "cute" dans un cadre intime ou dans un décor de carte postale vise à l'évidence à lisser l'image souvent jugée trop clivante et cassante de la présidente du Front national. En politique, le totem du chat renvoie généralement à la patience et à l'indépendance, deux items sur lesquels Marine Le Pen entend bien surfer en 2017.
Une femme proche des Français
Ce qu'elle dit: Que ce soit au côté des ouvriers (en bas à droite), dans un bistrot (en bas gauche) ou pendant la grande Marche républicaine (en haut à gauche), Marine Le Pen s'affiche en candidate proche du peuple et des Français anonymes. Prise pendant sa campagne régionale, la photo centrale exprime sa proximité avec les chasseurs, un électorat traditionnellement acquis à la droite mais ardemment courtisé par l'extrême droite, malgré son engagement à défendre les droits des animaux.

Ce qu'elle ne dit pas: Les photos évacuent habilement le contexte compliqué dans lequel elles ont été prises. Le drapeau de la CGT en arrière plan ne dit rien des tensions qui opposent le syndicat au FN. Et celle sur la Marche républicaine esquive la polémique autour de la présence de Marine Le Pen ou les provocations identitaires de son père sur le "je suis Charlie Martel".
Une femme à la carrure internationale
DR
Ce qu'elle dit: Que ce soit en Russie (en haut à gauche) ou en Europe où elle a réussi à créer une groupe au Parlement européen, Marine Le Pen a une carrure internationale qui la prédispose à diriger la nation en 2017. Voilà en substance ce que disent ces photos prises à l'occasion de ses déplacements à l'étranger.

Ce qu'elles ne disent pas: Si les relations du Front national avec ses homologues étrangers se sont renforcées, ces photos ne disent rien de la réputation sulfureuse qui reste celle du FN à l'international. En dépit de ses appels du pied, Marine Le Pen n'a toujours pas réussi à se faire recevoir par de hauts dirigeants étrangers. S'agissant de sa relation avec la Russie de Vladimir Poutine, le Front national passe évidemment sous silence sa dépendance controversée aux emprunts russes qui financent ses campagnes.

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