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Masser avec une visière et un sarrau: l’étrange retour au travail d’une massothérapeute

«Personne ne peut se permettre de mal rouvrir ou de faire de faux pas.»

Massothérapeute et orthothérapeute depuis 11 ans, Amélie Laporte avait l’habitude de toucher ses patients de six à sept heures chaque jour. Puis soudainement, à cause de la pandémie de la COVID-19, elle s’est retrouvée sans contact humain, aucun, et ce, pendant 11 semaines. Elle a depuis retrouvé sa table de massage, mais non sans embûches. Récit de son arrêt de travail puis de son retour, dans des conditions tout aussi déconcertantes qu’éprouvantes.

Amélie est célibataire. Si de rester isolé chez soi est douloureux pour (presque) tout le monde, ça l’est encore plus lorsqu’on est seul, sans personne pour nous rassurer. Pire, lorsque notre quotidien, notre métier, consistait à poser constamment nos mains sur autrui, et qu’on se fait enlever ce privilège d’un coup sec.

«J’avais l’impression d’avoir perdu mes repères. Je touche du monde tous les jours depuis 11 ans. Et pouf, plus de contacts. Personne qui me touche, moi non plus. Plus rien, dit-elle, la voix tremblotante, visiblement émotive à l’autre bout du fil. J’ai vécu les deux pires mois de ma vie.»

Elle s’est depuis remise au boulot, avec entrain d’ailleurs, dès que Québec a donné le feu vert. Mais elle reconnaît que sa relation thérapeutique avec ses clients n’est plus tout à fait la même.

«Quand ils arrivent, je suis déguisée de la tête au pied. Je me suis lavé les mains cinq fois et, eux, ils doivent garder leur masque tout le long. C’est weird! Et quand je fais des manipulations près du visage pour régler un problème cervical, par exemple, je dois enfiler une visière. Il fait chaud là-dedans, je peux te dire. Je cuis comme du bacon.»

Bien rouvrir

Selon les normes sanitaires mises en place par la CNESST, les massothérapeutes doivent notamment porter un masque de procédure jetable, des lunettes de protection ou une visière, et un sarrau ajusté qu’ils doivent changer entre chaque patient. La salle de massage doit ensuite être entièrement désinfectée entre chaque patient, puis aérée pendant au moins 15 minutes.

«Personne ne peut se permettre de mal rouvrir ou de faire de faux pas, affirme Amélie Laporte, qui a méticuleusement adapté sa clinique aux nouvelles normes. Ça a été difficile de trouver tout l’équipement nécessaire et surtout à un prix compétitif. J’ai dû me déplacer jusqu’à Laval à la dernière minute. […] Mais mon dieu que ça a fait du bien de pétrir quelqu’un pour la première fois, rigole-t-elle. C’est comme si ça effaçait le deux mois de carence de toucher que j’ai eu.»

Des clients pas peureux

Amélie s’est étonnée du nombre de clients qui ont répondu «présent» dès son retour au travail. Son agenda est déjà plein jusqu’en juillet. De nouveaux patients demandent des rendez-vous et personne ne semble craindre de se faire toucher par elle.

«La pandémie a été stressante et je pense que les gens ont besoin de se faire toucher. Je peux comprendre en tant que fille célibataire, plaisante-t-elle. Plus sérieusement, il y en a beaucoup qui ont des douleurs à traiter qui se sont accumulées pendant la période d’isolement, mais ils ont aussi un besoin de proximité à combler. Ça, c’est certain.»

Jusqu’ici, aucun client ne se serait plaint du port du masque pendant le traitement. Ils seraient compréhensifs, et même ravis.

Si certains massothérapeutes ont affirmé être anxieux par rapport aux risques de contracter le coronavirus en retournant au boulot, de son côté, Amélie ne craint rien. «On désinfecte tellement tout. Je suis le protocole à la virgule près. J’ai moins peur de masser que d’aller à l’épicerie», dit-elle.

Elle comprend toutefois la nervosité de ses collègues, en expliquant que ce qui est actuellement le plus stressant est d’oublier une toute petite procédure et d’infecter la clientèle. «En tant que petits entrepreneurs, on ne veut surtout pas perdre notre gagne-pain après des semaines sans emploi.»

À ce stade-ci, la seule chose qu’elle s’explique mal et surtout en tant que célibataire, c’est qu’en vertu des mesures sanitaires en vigueur, elle n’a pas le droit de partager un repas avec un ami ou un potentiel amoureux, mais qu’elle peut masser leur corps sans gant pendant 90 minutes dans une salle close.

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