Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Dix milliardaires ont gagné assez d'argent pendant la pandémie pour vacciner le monde entier

Et ils pourraient ensuite sauver des millions de personnes de la pauvreté avec ce qui reste, selon un nouveau rapport d'Oxfam sur les inégalités et le coronavirus.
Jeff Bezos, grand patron de Amazon, a été la cible de critiques ces derniers mois concernant les conditions de travail des employés durant la pandémie.
Dennis Van Tine/STAR MAX/IPx
Jeff Bezos, grand patron de Amazon, a été la cible de critiques ces derniers mois concernant les conditions de travail des employés durant la pandémie.

La récession du coronavirus est terminée, si vous demandez aux milliardaires de ce monde. Selon un rapport publié lundi par Oxfam, les 1000 premiers milliardaires ont collectivement perdu environ 30% de leur richesse lorsque les restrictions liées à la COVID-19 ont freiné l’économie mondiale en mars. Mais à la fin du mois de novembre, ils avaient tout récupéré.

Pour les plus riches du monde, il a fallu moins de 10 mois pour récupérer les pertes financières causées par la pandémie. Pour les plus pauvres du monde, estime le rapport, cela prendra plus de 10 ans.

«Alors qu’une riche minorité a accumulé de vastes fortunes avant et pendant la pandémie, la majorité de la population mondiale lutte pour survivre avec des salaires de misère et sans un accès décent à des soins de santé ou à l’éducation», soutient Paul O’Brien, vice-président d’Oxfam Amérique, au HuffPost. «Les niveaux actuels de concentration extrême des richesses ne sont pas durables. Les milliardaires sont un signe de maladie économique, pas de santé. Ils sont le symptôme d’une économie en panne.»

La pandémie menacerait d’annuler les progrès de plus de deux décennies de déclin de la pauvreté dans le monde. La Banque mondiale a estimé que plus de 200 millions de personnes pourraient sombrer dans la pauvreté en raison des effets économiques du COVID-19 - dans les pays à faibles revenus et dans les pays riches. Étonnamment, le rapport d’Oxfam a révélé que le coût pour empêcher les gens de tomber dans une vie à moins de 5,50 $ par jour serait bien inférieur aux bénéfices réalisés par les plus riches du monde pendant la crise de la COVID-19.

“Jeff Bezos aurait pu personnellement verser à chacun des 876 000 employés d'Amazon un bonus de 105 000 $... et être toujours aussi riche qu'il ne l'était au début de la pandémie.”

- Oxfam

Selon le calcul d’Oxfam (basé sur les données sur la pauvreté de la Banque mondiale, les données sur la richesse du Crédit Suisse ainsi que la liste des milliardaires de Forbes) les 10 personnes les plus riches du monde, dont le fondateur de Tesla, Elon Musk, et le PDG d’Amazon, Jeff Bezos, ont ajouté 540 milliards de dollars à leur valeur nette collective au cours des trois derniers trimestres de 2020. S’ils remettaient environ 80 milliards de dollars, ils pourraient maintenir les millions de personnes en péril au-dessus du seuil de la pauvreté pendant un an, le temps que les économies se reconstruisent.

Avec le reste de leurs profits de 2020, ces 10 milliardaires pourraient payer pour les deux cycles du vaccin COVID-19 pour chaque personne sur Terre et sortir toujours en tête du classement. (Oxfam a utilisé les données de l’Organisation mondiale de la santé pour estimer un coût d’environ 9 dollars par dose, soit une dépense totale de 141,2 milliards de dollars pour les 7,8 milliards d’habitants dans le monde.)

Oxfam a planifié la publication du rapport afin qu’elle coïncide avec le début de la réunion annuelle du Forum économique mondial de Davos (un forum virtuel cette année), au cours de laquelle les dirigeants de l’industrie et du gouvernement «se réunissent pour résoudre des problèmes critiques».

Le rapport dresse un portrait saisissant de la fracture entre les PDG au sommet et les travailleurs au bas de l’échelle, dont beaucoup ont continué à travailler dans des circonstances dangereuses, sans possibilité de rester à la maison pour éviter le virus.

Raj Sisodia, professeur de commerce au Babson College et co-fondateur du mouvement Conscious Capitalism, a comparé la structure d’entreprise standard au système des castes de l’Inde. Au sommet: des professionnels généreusement rémunérés, diplômés d’université, bénéficiant d’avantages sociaux et d’options d’achat d’actions, soutenus par la main-d’œuvre, c’est-à-dire des personnes coincées dans des emplois peu rémunérés, sans soins de santé, sans congé payé ni indemnités de retraite.

«Cela doit changer», a déclaré Sisodia. «Il doit y avoir un rapport modeste entre le salaire au sommet et le salaire à la base.»

Ce n’est pas le cas actuellement. Au cours des 40 dernières années, la rémunération des cadres a augmenté de 1 000% tandis que la rémunération des travailleurs a bougé de moins de 12%.

Des manifestants devant la résidence de Jeff Bezos à New York.
STRF/STAR MAX/IPx
Des manifestants devant la résidence de Jeff Bezos à New York.

Amazon a enregistré un record de ventes alors que près de 20 000 de ses employés ont contracté le COVID-19 entre mars et septembre 2020. Avec la richesse qu’il a accumulée au cours de la même période, le rapport d’Oxfam calcule que «Jeff Bezos aurait pu personnellement verser à chacun des 876 000 employés d’Amazon un bonus de 105 000 $... et être toujours aussi riche qu’il ne l’était au début de la pandémie».

Mais même des dons n’entraîneraient pas la restructuration fondamentale qui est nécessaire, déclare O’Brien: «Demander la charité ne remplace pas la taxation des riches et de leurs entreprises dont les profits ont grimpé en flèche ces dernières années.»

Oxfam recommande la mise en place des impôts sur la fortune, ce qu’elle considère comme une étape importante vers la création d’un système économique plus juste et plus équitable.

«Les super-riches utilisent un réseau de paradis fiscaux pour éviter de payer leur juste part d’impôt et une armée de gestionnaires de fortune pour obtenir des rendements exorbitants qui ne sont pas disponibles pour un investisseur ordinaire», a-t-il fait valoir. «Les grandes entreprises évitent les impôts, font baisser les salaires de leurs travailleurs et les prix payés aux producteurs, et investissent moins dans leurs activités afin de maximiser les rendements pour leurs riches actionnaires. Les grandes entreprises et les super-riches utilisent leur argent et leurs relations pour garantir que la politique gouvernementale fonctionne pour eux. Cela doit cesser.»

Les autres recommandations politiques du rapport incluent l’investissement dans les services sociaux et le revenu garanti, l’abandon de l’utilisation du produit intérieur brut comme mesure de la croissance économique et la mise en place de la lutte contre les inégalités au cœur de la reprise pandémique.

«Le moyen le plus efficace de remettre les gens sur pied à la suite de cette pandémie est de bâtir des économies plus justes et plus durables qui fonctionnent pour tout le monde et pas seulement pour quelques chanceux», selon O’Brien. «L’ensemble de Davos, y compris les dirigeants d’entreprise, doit unir ses efforts pour en faire une réalité.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.

Suggest a correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.