Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.
The Blog

Tolérance ou rejet de l'intégrisme à travers le prisme de Montesquieu

Ce texte se veut une réflexion subsidiaire au thème de l'intégration positive d'une politique d'immigration compatible aux valeurs liant la famille québécoise et canadienne. Il reprend essentiellement Montesquieu.

Le gouvernement modéré convient mieux à la religion chrétienne et le gouvernement despotique à la mahométane

La religion chrétienne est éloignée du pure despotisme : c'est que la douceur étant si recommandée dans l'Évangile, elle s'oppose à la colère despotique avec laquelle le prince se ferait justice se ferait justice.

Pendant que les princes mahométans donnent sans cesse la mort ou la reçoivent, la religion chez les chrétiens, rend les princes moins timides, et par conséquent moins cruels. Le prince compte sur ses sujets, et les sujets sur leur prince. Chose admirable!

La religion chrétienne qui ordonne aux hommes de s'aimer, veut sans doute que chaque peuple ait les meilleures lois politiques et les meilleures lois civiles, parce qu'elles sont, après elle, le plus grand bien que les hommes puissent donner et recevoir.

Conséquences du caractère de la religion chrétienne et celui de la religion mahométane

Sur le caractère de la religion chrétienne et celui de la mahométane, on doit, sans autre examen, embrasser l'une et rejeter l'autre : car il nous est bien plus évident qu'une religion doit adoucir les mœurs des hommes, qu'il ne l'est qu'une autre religion soit vraie.

C'est un malheur pour la nature humaine, lorsque la religion est donnée par un conquérant. La religion mahométane, qui ne parle que de glaive, agit encore sur les hommes avec cet esprit destructeur qui l'a fondée.

De la tolérance en fait de religion

Lorsque les lois d'un État ont cru devoir souffrir plusieurs religions, il faut qu'elles les obligent à se tolérer entre elles.

Il est donc utile que les lois exigent de ces diverses religions - nouvelles dans le pays- non seulement qu'elles ne troublent pas l'État, mais aussi qu'elles ne se troublent pas entre elles. Un citoyen ne satisfait point aux lois; en ne se contentant de ne pas agiter le corps de l'État; il faut encore qu'il ne trouble pas quelque citoyen que ce soit.

Comme il n'y a guère que les religions intolérantes qui aient un grand zèle pour s'établir ailleurs, parce qu'une religion qui peut tolérer les autres, ne songe guère à sa propagation, ce sera une très bonne loi civile, lorsque l'État est satisfait de la religion déjà établie, de ne point souffrir l'établissement d'une autre.

Voici donc le principe fondamental des lois politiques en fait de religion. Quand on est maître de recevoir dans un État une nouvelle religion, ou de ne pas la recevoir, il ne faut pas l'y établir; quand elle est établie, il faut la tolérer.

Tolérance

Nous sommes ici politiques et non pas théologiens; et pour les théologiens mêmes, il y a de la différence entre tolérer une religion, et l'approuver...

Montesquieu, De l'esprit des Lois

Tolérance ou le rejet de l'intégrisme

Après Montesquieu, revenons au concept de la tolérance, car ce serait ce qui sépare l'esprit de la religion chrétienne et la civilisation démocratique issue du christianisme et de l'humanisme de l'intolérance perçue de la religion mahométane dans un sens large et assurément intégriste. 300 ans d'évolution des idées et des institutions démocratiques les séparent, trois siècles au cours desquels auront opéré le principe de la séparation des pouvoirs, les philosophies des Lumières, l'individualisme rationnel, les révolutions politiques, le romantisme, le rationalisme scientifique, le libéralisme... Bref ce qui forme le fondement de la morale identitaire moderne et qui caractérise la grandeur et la misère de l'Homme ainsi que du monde occidental.

L'esprit général de tolérance lié à la morale moderne n'exclut pas la manifestation d'intolérance et d'intégrisme radical de citoyens déviants ou de groupes vindicatifs; manifestation qui peut prendre des formes diverses rappelant un débordement d'angoisses individuelles, de troubles psychologiques ou d'une errance au sein d'une société moderne fragmentée, sans référence à des rites significatifs inscrits dans la tradition et le patrimoine culturel, sans communion à une solidarité sociale. L'extrémisme peut se manifester de diverses manières et il s'oppose déjà à l'esprit de tolérance si indispensable à la viabilité des principes démocratiques. Ainsi, une société démocratique saine fondée sur l'ensemble des valeurs chrétiennes et humanistes ne peut souffrir l'extrémisme, et doit se prémunir contre toute manifestation radicale.

L'intégration positive d'une politique d'immigration compatible aux valeurs liant la famille québécoise et canadienne présuppose une disposition préalable à accepter les valeurs fondamentales de la société d'accueil, l'immigrant acceptant volontairement de laisser à l'entrée au pays les mœurs et rites incompatibles avec les valeurs et les coutumes traditionnelles et patrimoniales, voire la culture religieuse de ladite société. La responsabilité première de l'immigrant est de consentir à ce préalable. S'il refuse radicalement ce compromis, se commet à prêcher autrement des formes de dissidence civile ou incite à la radicalisation d'éléments faibles de la famille d'accueil, l'intégration est impossible. Et alors la question de l'intégration devient un questionnement sur le peu de sagesse d'un gouvernement (conservateur, néolibéral) qui s'ouvre à une telle immigration impossible à intégrer.

NB: Le texte constitutionnel, adopté par les Américains, le 17 septembre 1787, reprend le principe de séparation des pouvoirs - exécutif, législatif et judiciaire - exposé dans De l'esprit des lois.

C'est d'ailleurs à Montesquieu que l'on doit le principe selon lequel dans une république démocratique, c'est l'ensemble des citoyens qui est souverain... La Constitution américaine est aussi fortement influencée par Montesquieu par le principe selon lequel les citoyens y gagnent plus (liberté, moralité, vertu) qu'ils n'y perdent (obéissance aux lois...).

Suggest a correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.