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Le sable mouvant d'Anticosti

Il est déjà curieux que le gouvernement torpille une entreprise dont il est actionnaire et dans laquelle il a investi des dizaines de millions de dollars. Il est inquiétant qu'il renie un contrat signé avec des partenaires financiers.

Le premier ministre Philippe Couillard fait preuve d'un acharnement incompréhensible quand il dénonce les travaux d'exploration menés par Pétrolia à l'île d'Anticosti pour en déterminer le potentiel pétrolier et gazier.

Anticosti se transforme en sable mouvant dans lequel il s'enfonce tous les jours.

On sait depuis décembre que le premier ministre est farouchement opposé à toute tentative de mettre en valeur ce vaste territoire réservé aux «happy few», majoritairement des pêcheurs et des chasseurs.

Il est déjà curieux que le gouvernement torpille une entreprise dont il est actionnaire et dans laquelle il a investi des dizaines de millions de dollars. Il est inquiétant qu'il renie un contrat signé avec des partenaires financiers.

Mais voilà qu'il recule aussi sur des engagements pris par 2 anciens premiers ministres, Pauline Marois et Jean Charest.

Il a bien tenté de faire porter chapeau au gouvernement éphémère du PQ, mais les révélations des derniers jours confirment que la genèse du projet remonte au gouvernement Charest qui discutait avec Pétrolia. Face à cette information, le premier ministre a tonné: «c'est une erreur impardonnable», martelant qu'il refuse de s'associer à cette «agression sauvage» contre Anticosti. WOW.

À l'entendre discourir, on croirait que c'est l'Éden retrouvé.

Il est tout à fait logique que le PLQ et le PQ aient voulu en avoir le cœur net et mesurer la quantité de gaz et de pétrole enfouis dans le sous-sol de l'île. Le débat, véhiculé par les écologistes notamment, portait alors sur un prétendu «vol du siècle» qui avait suivi une entente «secrète» qui avait permis à Pétrolia de mettre la main sur les permis détenus par Hydro-Québec. On faisait miroiter un potentiel de 40 milliards de dollars. Le réflexe normal, de toute administration, était donc d'aller au fond des choses.

Au cours des derniers jours, le premier ministre a voulu s'assurer que la valve était bien fermée. Les fonctionnaires qui étudieront les demandes d'autorisation pour les forages «feront ce qu'on leur dira», point final. Qu'on ne vienne plus nous baratiner, après cela, sur l'indépendance de l'administration publique.

Le premier ministre aurait pu fermer en douce le dossier d'Anticosti s'il avait attendu à la fin des travaux d'exploration prévus l'été prochain. Ainsi, il aurait respecté son engagement envers les actionnaires de Pétrolia et démontré la bonne foi de son gouvernement.

Avec le «clipping» de presse, Pétrolia a de quoi nourrir une poursuite judiciaire juteuse.

Les libéraux affirment disposer d'arguments solides qui démontrent qu'il est illusoire de miser sur Anticosti pour sortir de notre dépendance aux énergies fossiles. On parle d'un port en eau profonde, d'investissements à hauteur de 40 milliards de dollars...

Si cela est vrai, il est grand-temps de les présenter sur la place publique.

En se basant sur le livre d'Arthur Porter, le député François Bonnardel (CAQ) s'est demandé à voix haute si le premier ministre avait sacrifié les intérêts du Québec pour défendre son territoire de chasse et de pêche. Au bureau de M. Couillard on soutient que, non, le PM n'y a pas fait d'expédition et on doit le croire sur parole.

Anticosti révèle un autre Philippe Couillard, le cartésien. Il ne nous a pas habitués à défendre une cause avec autant de mordant et d'incohérence.

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L'île d'Anticosti vue par le photographe Marc Lafrance

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