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Procès Ghomeshi : la colère et la déception après l'acquittement

Actress Lucy DeCoutere, a complainant in the case against former Canadian radio host Jian Ghomeshi, leaves the court after an Ontario judge found him not guilty on four sexual assault charges and one count of choking, in Toronto, March 24, 2016. REUTERS/Mark Blinch
Actress Lucy DeCoutere, a complainant in the case against former Canadian radio host Jian Ghomeshi, leaves the court after an Ontario judge found him not guilty on four sexual assault charges and one count of choking, in Toronto, March 24, 2016. REUTERS/Mark Blinch

Manifestation devant le tribunal, intervention d'une manifestante Femen et explosion de la twittosphère, l'acquittement de Jian Ghomeshi a laissé peu de gens indifférents.

Un texte de Sophie Hautcoeur

Les manifestants qui attendaient l'ex-animateur de CBC à la sortie du tribunal ont scandé en chœur « I believe survivors » (je crois les survivantes). Un cri de ralliement qui a été repris sur les médias sociaux.

Lorsque le juge a rendu sa décision, #Ghomeshi et #Ibelievesurvivors ont été les deux mots clés les plus repris sur le média social Twitter, plus de 13 000 fois, en fait, pour le second.

Sur la toile, c'est la colère et la déception qui ont dominé les commentaires. Ceux qui approuvent la décision du juge étaient plus rares. « Je suis si triste et déçue par le système judiciaire », dit une internaute. « Je me sens moins en sécurité en tant que femme au Canada », affirme une autre sur Twitter.

Manifestation jeudi soir

Des dizaines de personnes se sont rassemblées jeudi soir devant l'ancien hôtel de ville de Toronto où le procès a eu lieu, pour dénoncer le verdict.

Deux des trois plaignantes, Lucy DeCoutere et une autre dont on ne peut dévoiler l'identité, se sont adressées à la foule avant que celle-ci ne commence une marche vers le commissariat de police sur la rue College, au centre-ville de Toronto. « Le verdict d'aujourd'hui représente la première phase d'une grande conversation », a dit Lucy DeCoutere.

L'autre plaignante portait des lunettes fumées, un manteau d'hiver avec une capuche qui cachait son visage. « La manière dont les procès pour agression sexuelle sont menés est antédiluvienne et barbare et ça doit changer », a-t-elle affirmé.

Jeudi matin, alors que le procureur de la Couronne Michael Callaghan répondait aux journalistes présents, une militante Femen s'est jetée, les seins nus, devant lui en criant « Ghomeshi coupable! » et en renversant le podium avec tous les micros.

Un système qui ne fonctionne pas?

Des experts juridiques et des groupes de défense des droits des femmes affirment que le verdict met en lumière les failles du système destiné à rendre justice dans de pareilles causes.

Ils affirment que le juge William Horkins n'avait pas vraiment d'autre choix que d'acquitter l'ancien animateur vedette de CBC sur tous les chefs d'accusation, puisque les témoignages des trois témoins ont été détruits en cour.

La professeure de droit Brenda Cossman, de l'Université de Toronto, a déclaré que les témoins sont tenus à des standards irréalistes lorsqu'il est question de faire la preuve de ce qu'ils avancent dans le système judiciaire actuel.

Nicole Pietsch, de la Coalition ontarienne des centres de crise pour le viol, est du même avis, affirmant que la société a besoin de continuer à réévaluer ses notions préconçues de ce qui est acceptable dans les causes d'agressions sexuelles.

Maïra Martin, d'Action ontarienne contre la violence faite aux femmes

L'organisme qui vient en aide aux femmes victimes de violences sexuelles à Hamilton, SACHA, dit sur Twitter que « le verdict dans le procès Ghomeshi montre que les gens comprennent peu la violence sexuelle et les réponses des survivantes ».

#Ghomeshi verdict shows how little folks understand #sexualviolence and survivor responses. At 2pm we'll be tweeting the truth every minute.

— SACHA (@SACHA_tweets) March 24, 2016

Amanda Dale, de la Clinique commémorative Barbara Schlifer, croit que les défenseurs des droits verront le verdict comme une raison supplémentaire de se battre pour que des changements soient apportés au système judiciaire.

Sue Montgomery, la journaliste qui avait participé au lancement du mouvement #agressionsnondénoncées fin 2014, dit que « la Couronne et la police n'ont pas assez soutenu les femmes dans le procès Ghomeshi. Ce n'est pas aux victimes de décider quelles informations sont pertinentes ou non ».

Both the crown and the police let down the women in #ghomeshi trial. Not up to victims to decide what info is relevant. #IBelieveSurvivors

— suemontgomery (@MontgomerySue) March 24, 2016

Dans un message publié en fin de journée, le chef de la police de Toronto, Mark Saunders, a écrit en guise de réponse: «Notre engagement à travailler avec compassion et efficacement avec les victimes d'agression sexuelle reste inchangé.»

Our commitment to compassionate, effective work with sexual assault victims remains unchanged.

— Mark Saunders (@marksaunderstps) 24 mars 2016

Réactions de personnalités politiques

La conseillère municipale de Toronto Kristyn Wong-Tam a écrit sur Twitter que « le procès Ghomeshi a confirmé que le système criminel et légal au Canada a un parti pris contre les survivantes d'agression sexuelle ».

Verdict aside the #Ghomeshi trial has confirmed for me that Canada's criminal + legal system is bias against sexual assault survivors.

— Kristyn Wong-Tam (@kristynwongtam) March 24, 2016

Avant même que la décision ne soit rendue, les chefs du NPD fédéral et provincial, Thomas Mulcair et Andrea Horwath, avaient tous les deux publié des communiqués

Andrea Horwath a dit que le procès pourrait être « l'occasion d'examiner si le système de justice fournit le type de protection dont les femmes ont besoin pour se sentir en confiance lorsqu'elles témoignent ».

Thomas Mulcair a dit aussi qu'il faut accroître la protection des victimes.

La porte-parole du Parti progressiste-conservateur en matière de condition féminine, Laurie Scott, a notamment affirmé qu'il « est inacceptable que la misogynie soit à ce point ancrée dans notre culture et que ça doit changer ».

L'ancien animateur de radio avait plaidé non coupable à quatre chefs d'accusation d'agression sexuelle et à un chef d'étouffement afin de vaincre la résistance d'une personne dans ce procès qui impliquait trois femmes.

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