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Le racisme systémique: 5 préalables

Lorsque des personnalités publiques affirment que l'administration québécoise ou montréalaise est «trop blanche», il y a lieu de s'inquiéter.

En mai dernier, un groupe de personnalités québécoises, dont un certain nombre issu des communautés culturelles, appelaient de leurs vœux à la création d'une commission sur le «racisme systémique».

Le racisme systémique serait un racisme de système, ce qui signifie qu'une majorité imposerait son pouvoir et ses privilèges grâce à des moyens politiques, économiques et institutionnels.

La Commission ontarienne des droits de la personne donne l'exemple suivant: «Une organisation peut valoriser le style de communication utilisé par les membres de la culture dominante et dévaloriser un style de communication particulier, mais tout aussi efficace, utilisé par une personne racialisée. De façon similaire, les relations sociales et le réseautage qui forment une partie importante de la réussite excluent parfois les personnes racialisées.»

Tous les efforts pour lutter contre le racisme et les discriminations sont louables, à plus forte raison que le Québec fait figure de «bon élève» avec un taux systématiquement inférieur à la moyenne canadienne en ce qui concerne les crimes haineux et la discrimination.

Néanmoins, pour s'assurer que la commission sur le racisme systémique ne soit pas instrumentalisée par certains groupes communautaires ou politiques, il est nécessaire de prendre en compte cinq préalables.

1) Diversité

La Commission sur le racisme systémique ne devra pas servir les intérêts particuliers d'un groupe de minorités ou de lobbyistes. Elle devra être inclusive dans sa démarche au risque d'exclure par inadvertance ou parfois consciemment d'autres minorités. Par exemple, les juifs québécois seront-ils considérés comme une minorité comme les autres ou bien la réussite sociale attribuée à cette communauté l'exclura-t-elle, à l'instar des propos d'Yves Engler?

En outre, la définition de racisme systémique conçoit la société de manière binaire: oppresseurs / oppressés, privilégiés / défavorisés. Même si les Québécois francophones sont majoritaires au Québec, ils sont loin d'être privilégiés. Ils sont une minorité parmi le 1 % (voir le graphique ci-dessous). Cette donnée est à prendre en considération, au risque sous couvert d'ouverture de générer de la discrimination envers les Québécois francophones.

Graphique réalisé par Guillaume Marois

2) Temporalité

La lutte contre la discrimination et le racisme doit se concevoir dans le temps long. Lorsque des personnalités publiques affirment sans réserve que l'administration publique québécoise ou montréalaise est «trop blanche», il y a lieu de s'inquiéter.

D'une part, une telle affirmation est en soi ethniciste. Il ne viendrait à l'idée de personne d'affirmer à l'Île Maurice que l'administration publique est «trop noire» ou encore à Dubaï qu'elle serait «trop arabe».

D'autre part, cette réaction ne prend pas en considération que l'augmentation de la proportion des immigrants dans la société québécoise augmente plus vite que la population québécoise, et encore plus vite que l'accroissement de la fonction publique.

Aujourd'hui, 33 % de la population montréalaise serait d'origine immigrante. Pour atteindre ce taux en 2030 dans l'administration publique montréalaise, il faudrait que plus de 70 % des nouvelles embauches sur près de 15 ans soient issues des minorités. Réalisable, probablement!

3) Régionalisation

On estime que Montréal reçoit plus de 70 % des immigrants internationaux. La concentration des populations immigrantes et des minorités est un processus connu ; ses effets négatifs le sont moins.

Par effet de concentration, les minorités jouent en leur défaveur dans leur représentativité dans l'administration publique québécoise présente sur l'ensemble du territoire. En effet, les minorités ne peuvent exiger atteindre un taux équivalent à leur part dans la population dans l'administration publique quand celles-ci sont concentrées majoritairement à Montréal.

Avec un programme d'accès à l'égalité en matière d'emploi favorisant l'emploi des minorités à l'échelle du Québec, nombre de personnes issues des minorités trouveraient plus facilement du travail en se «régionalisant» plutôt qu'en restant à Montréal, où le chômage les affecte deux fois plus que les natifs.

4) Francisation

Dans une société majoritairement francophone avec pour langue officielle le français, force est de constater que la francisation n'est pas encore acquise. Près de la moitié des nouveaux arrivants n'apprennent pas le français. Ces nouveaux arrivants contribuent pour une forte proportion à l'accroissement des minorités dans notre société. Là encore, peut-on reprocher à une moindre représentativité des minorités dans l'administration publique québécoise quand la moitié d'entre elles n'apprennent pas la langue commune?

De plus, d'après le rapport de l'IREC en matière de francisation et d'intégration, Québec rate sa cible. Il est constaté un déclin marqué de la fréquentation des cours à temps complet ces dernières années, qui passe de 13 230 inscrits en 2010-2011 à 10 759 en 2014-2015. Nous devons donc nous questionner: la francisation est-elle suffisamment adaptée au marché du travail?

5) Intégration

La situation est fictive mais reflète une certaine réalité quant à la question de l'intégration. Qui reprocherait à l'administration publique ontarienne de ne pas employer suffisamment de minorités lorsque celles-ci s'installent à plus de 70 % à Toronto, ne s'installent pas en région et ne parleraient anglais qu'à hauteur de 50 % ? Personne! Nous avons une situation équivalente au Québec avec Montréal.

L'intégration est cet équilibre délicat entre une société efficace dans son accueil et des nouveaux arrivants prêt à s'adapter. Le gouvernement doit faire cet exercice nécessaire sur le racisme et les discriminations que subissent les minorités à l'embauche ; quant à ces dernières, elles doivent prendre en considération que leurs stratégies d'intégration peuvent parfois être déficientes. Revoyons ensemble notre modèle québécois d'intégration!

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