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Restez pauvres et endettés, disent les syndicats en éducation!

Sans connaissances de base en finance, comment peut-on s'attendre à voir les jeunes adultes prospérer et assurer leur autonomie économique à long terme ?

Je le dis sans gêne, le gouvernement libéral n'est pas mon préféré dans l'histoire. Il n'est même pas dans les séries de championnats pour le titre. Plusieurs choses m'agacent et me dérangent, notamment l'éthique à vitesse variable et les subventions douteuses aux obèses industriels qui se foutent bien de performer.

Ce même gouvernement a ressorti des boules à mites un cours d'enseignement général sur les finances et l'économie personnelle l'an passé. Dans un contexte où les ménages s'endettent au-delà de l'imaginable et d'une économie plutôt mollassonne, ce cours expliquera les bienfaits de planifier sa retraite ou comment bien balancer un budget personnel. On n'inventera pas la roue à trois boutons, mais c'est un bon point de départ.

Voyez, on isole les ados de la réalité financière depuis maintenant des années. On se demande avec surprise aujourd'hui pourquoi Mathis, 19 ans, arrive tout fier à la maison après avoir acheté une Ford Taurus 1999 avec sa carte de crédit avant d'avoir son permis de conduire. Ce n'est pas biologique de comprendre qu'un taux d'intérêt de 19,99% est imbécile, on doit l'enseigner quelque part.

Bref, ce cours n'a évidemment pas fait que des heureux. Au Québec, parler d'argent c'est un peu comme découvrir qu'on a la lèpre. On sait tous ce que c'est vaguement, mais on s'est aussi fait dire de ne pas y toucher et d'appeler un expert. Pour en connaître plusieurs, les conseillers financiers sont tous frappés par le niveau d'analphabétisme financier du québécois moyen. Nous ne sommes pas tous idiots, on ne nous a simplement jamais enseigné comment faire.

Voilà donc que les syndicats de l'enseignement font maintenant la crise du bacon à propos de ce cours de finance introductoire. La Fédération autonome de l'enseignement (FAE) nous dit le plus sérieusement du monde que ce cours est imposé dans une intention de forcer la propagande des banquiers dans la cervelle de nos plus jeunes. Sans blague, ils nous disent même que ces connaissances n'ouvrent pas les horizons et le sens critique ! On le sait, les horizons, ça existe dans les livres ; ce qu'on sait moins, c'est comment payer cedit horizon sans le financer sur 25 ans en hypothéquant son animal de compagnie.

Les syndicats souhaitent-ils pousser la dépendance envers le gouvernement au point d'abrutir notre marmaille ? Sans connaissances de base en finance, comment peut-on s'attendre à voir ces jeunes adultes prospérer et assurer leur autonomie économique à long terme ?

Les bras m'en sont tombés lorsque j'ai lu tout cela. Comment peut-on dire sans rire que gérer son propre budget n'est pas nécessaire ? Considérant que le foyer moyen s'endette à plus de 160% de ses revenus, on peut sourciller face à tant d'irresponsabilité. La génération qui étudie actuellement à la polyvalente du coin n'aura probablement pas les conditions avantageuses de ses ancêtres. Terminée, l'époque du job à 70 000$ avec un secondaire 4 et un beau sourire. Finies aussi la pension à prestations déterminées et la cotisation à 3% au Régime des rentes du Québec. L'avenir sera difficile et demandera beaucoup de finesse financière.

Les syndicats souhaitent-ils pousser la dépendance envers le gouvernement au point d'abrutir notre marmaille ? Sans connaissances de base en finance, comment peut-on s'attendre à voir ces jeunes adultes prospérer et assurer leur autonomie économique à long terme ? Qu'en diront les syndicats et le très communiste Léo-Paul Lauzon, enseigner la finance ne rend pas dépendant aux banquiers. Au contraire, c'est quand on est endetté par-dessus la tête que la dépendance apparaît. Quand on nage dans l'argent comme Picsou, on subit plutôt du harcèlement des institutions qui souhaitent tellement nous prêter des montants élevés sans raison.

Le ministre Proulx ne doit pas flancher devant cette propagande socialiste. Certes, une meilleure coordination avec le milieu enseignant est souhaitable. Ce qui serait inacceptable toutefois, c'est laisser ces technocrates amoureux de leur propre doctrine dicter ce qui est utile à nos plus jeunes.

On me dira que je prône la marchandisation de l'éducation, que je suis un larbin à la solde des grands financiers internationaux. Je vous répondrai qu'avec un taux entrepreneurial anémique, le Québec a besoin de parler d'argent, oui. On a besoin que ce ne soit pas moi, comme employeur, qui explique à des adultes comment fonctionne un CELI. On a besoin de démontrer qu'une proposition d'investissement à haut rendement assuré ou un réseau de vente qui créent des riches par magie n'existent pas. Pas étonnant qu'un livre somme toute assez général sur la finance personnelle ait fracassé les records de vente durant le temps des fêtes.

Remarquez, la tendance est lourde et claire. Les grands pédagogues en charge poussent les étudiants vers les connaissances théoriques au détriment du pratico-pratique. C'est tellement vulgaire d'enseigner comment coudre un bouton ou couper une planche de bois. Mieux vaut discuter sans fin de la littérature française du 18e siècle, ça c'est raffiné ! L'éducation n'est pas seulement qu'un éveil intellectuel à la culture et l'histoire, c'est aussi donner des outils aux enfants pour affronter le monde moderne. Je ne sais pas pour vous, mais si on vivait une apocalypse de zombie à la Walking Dead, j'en connais beaucoup qui trouveraient le temps long à réciter du Nelligan le ventre vide, sans refuge ni outils.

(Note de la rédaction : c'était une blague. Les zombies, ça n'existe pas. En 2017, on ne sait plus qui on offensera, je ne prends pas de risque.)

Les syndicats de l'enseignement devraient se regarder dans le miroir suite à cette sortie publique si irresponsable. Leur rôle, c'est de représenter les enseignants dans les négociations face à l'employeur. Nulle part n'avons-nous cédé le contrôle de la direction du Ministère de l'Éducation à ces groupes de pression plus bruyants que pertinents. On leur laisse depuis longtemps décider de ce qui est bien ou mal pour le développement des adolescents, mais les résultats n'y sont pas. Les enseignants font leur possible pour bien faire, ils ne sont pas à blâmer et je les admire sincèrement. Cependant, le contrôle syndical sur les dangers d'enseigner aux plus jeunes comment gérer leur argent sainement, on s'en passera.

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