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L'atteinte de l'équilibre budgétaire se fait au détriment de la sécurité des ambassades (VIDÉO)

Des manœuvres politiques pourraient compromettre la sécurité du personnel diplomatique canadien à l'étranger, révèle une enquête de Radio-Canada. Le gouvernement a reporté en catimini l'entretien et la mise à niveau du parc immobilier du Canada à l'étranger et a empêché la réalisation d'au moins trois projets considérés comme prioritaires dans des zones à haut risque.

Un texte de Marc Godbout

Radio-Canada a appris que le ministère des Affaires étrangères faisait les frais d'une astuce gouvernementale qui le prive d'importantes sources de revenus pour son imposant portefeuille immobilier, évalué à environ 3,5 milliards de dollars. Le stratagème dure depuis près de trois ans.

Des sources confirment que l'ancien ministre des Affaires étrangères, John Baird, qui a démissionné de son poste au début du mois, s'est assuré que des dépenses importantes servant à l'entretien des ambassades soient retardées.

Pour ce faire, il a volontairement retenu un document clé, appelé « Plan d'investissement ».

Ce document, qui sert à établir les priorités du ministère, n'a jamais été remis au Conseil du Trésor pour approbation, comme l'exige la politique du gouvernement. Cette règle est en vigueur depuis le 1er avril 2012, et avait été mise en place par les conservateurs eux-mêmes, au nom de la saine gestion.

En faisant en sorte que la politique ne soit pas respectée, John Baird a automatiquement lié les mains de son ministère en matière de dépenses d'immobilisations.

En retenant les dépenses, le gouvernement économise ainsi des centaines de millions de dollars, mais crée du même coup un retard massif dans les travaux d'entretien et de mise à niveau de son parc immobilier composé d'ambassades, de chancelleries et de logements pour le personnel diplomatique canadien.

« C'est impensable dans le domaine immobilier d'agir comme ça, parce que le risque est trop élevé. On joue avec le feu. Si on ne prend pas soin de tous ces édifices maintenant, ça va être encore pire demain. Souvent, la facture va tripler, quadrupler à l'intérieur de cinq ans. »

— Claude Chagnon, professeur en gestion immobilière

Des documents obtenus en vertu de la loi d'accès à l'information confirment les craintes et les frustrations grandissantes au sein du ministère des Affaires étrangères devant le sous-financement chronique des immobilisations. Selon Ferry de Kerckhove, de l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa, « la frustration vient de l'incapacité de prendre des décisions définitives, et ça s'applique autant à la sécurité qu'à d'autres mesures. »

Le ministère des Affaires étrangères :

  • 170 missions dans 105 pays
  • 2200 propriétés appartenant au Canada ou louées par le Canada
  • Portefeuille immobilier de 3,5 milliards de dollars

« Un guichet automatique »

L'absence d'un plan d'investissement approuvé par le Conseil du Trésor prive également les Affaires étrangères de centaines de milliers, voire de millions de dollars générés par la vente d'une partie des résidences officielles.

Ces sommes, qui devraient normalement être réinvesties dans le parc immobilier pour sa mise à niveau et pour financer de nouvelles acquisitions, sont plutôt acheminées vers le fonds consolidé et servent à éponger le déficit. « Depuis trois ans, le gouvernement utilise le ministère des Affaires étrangères comme un guichet automatique », a confié à Radio-Canada une source.

Des projets visant à rehausser la sécurité bloqués par John Baird

Plusieurs sources ont également confirmé que les manœuvres orchestrées par John Baird ont même empêché la réalisation de trois projets visant la sécurité des diplomates et du personnel à Islamabad, à Kaboul et à Port-au-Prince, trois endroits considérés à très haut risque.

La direction du ministère réclamait, « pour répondre à des besoins urgents », l'approbation de la construction de nouveaux complexes diplomatiques au Pakistan et en Afghanistan.

En Haïti, de nouveaux logements devaient être bâtis à côté de l'ambassade pour y loger le personnel diplomatique. Cinq ans après le tremblement de terre, la solidité des maisons louées par le Canada à Port-au-Prince demeure incertaine.

« Quand on commence à bloquer les approbations pour des projets qui nous paraissent essentiels, en particulier celui de la sécurité de nos employés, là on se demande si c'est une question d'attitude, de perception du rôle de la diplomatie et nos diplomates »

— Claude Laverdure, ancien diplomate

Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Rob Nicholson, n'a pas encore réagi à ces révélations.

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