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«Aujourd'hui, notre famille, c'est Laurie-Ann et moi» - Deux survivants de l'Équateur racontent l'horreur

RADIO-CANADA/CORALIE MENSA

Jennifer est morte avec Arthur, son fils de quatre ans, dans les décombres d'une maison mal construite emportée par le tremblement de terre de magnitude 7,8 qui a secoué l'Équateur la semaine dernière.

L'effondrement de la maison lors du séisme a emporté la moitié de cette famille québécoise, laissant ses deux autres membres – Pascal Laflamme, le père de famille, et Laurie-Ann, sa fille de 13 ans – comme seuls gardiens des rêves et des blessures de la famille.

Le père et la fille ont dignement et sobrement raconté leur cauchemar au cours d'une entrevue avec Alain Gravel à l'émission matinale de la radio de Radio-Canada.

Pascal Laflamme a notamment confié que sa femme, agressée sexuellement à l'adolescence, avait récemment porté plainte afin de s'assurer que son agresseur soit finalement traduit en justice pour ce qu'il lui a fait subir et se désole que, désormais, justice risque de ne pas être faite.

«Ça me met en colère parce que moi je connais toute l'histoire. Ma fille aussi connaît toute l'histoire parce que Jennifer a tout partagé avec la famille proche. »

- Pascal Laflamme

Les nombreux voyages et la vie à l'étranger de la famille faisaient partie d'un processus de guérison pour Mme Mawn, processus auquel participait toute la famille. « Ma femme a souffert d'anorexie jusqu'à la grossesse de Laurie-Ann et c'est à ce moment-là qu'elle m'a dit : « bon, il faut que tu m'aides parce qu'il faut que j'arrête pour le bien de nos enfants! ».

«Ça a été difficile, mais on a travaillé ça en famille. Tout ça s'est effondré avec notre maison en Équateur. »

- Pascal Laflamme

Séisme en Équateur

Souvenirs d'un cauchemar

« Le tremblement de terre de 7,8, honnêtement, je pense qu'on ne l'a pas vécu », explique Pascal Laflamme en précisant qu'il s'est évanoui au tout début de la secousse lorsque le plafond de la maison lui est tombé dessus.

« Je ne sais pas pour Laurie-Ann, qui était dans un endroit différent dans la maison, mais moi, explique M. Laflamme, après 10 secondes de choc - les gens disent que ça a duré de 50 secondes à une minute - j'ai perdu connaissance quand le plafond m'est tombé dessus. Un plafond de béton. »

Enfermé sous un amas de béton, il est forcé d'attendre dans l'obscurité – éclairé seulement par la lueur d'une tablette épargnée par les gravats – l'arrivée des secours. « Quand je me suis réveillé, j'étais ni plus ni moins que dans un petit tombeau, à peine de la grandeur d'un cercueil », poursuit le père de famille.

Bien que brisée, la tablette émet une lueur qui lui permet de constater son état physique. Tous ses membres sont intacts et bougent même s'il saigne à plusieurs endroits.

«Quinze centimètres à gauche ou à droite, j'étais cuit. Je recevais des poutres de béton sur moi.»

- Pascal Laflamme

La maison étant de construction récente, Pascal Laflamme était convaincu d'habiter « la maison la plus solide de la ville ».

« Ma première réaction a été de me dire : si cette maison-là est tombée, la ville est rasée et je vais mourir asphyxié au bout de je ne sais pas combien de temps. C'est une mort atroce. Ma première réaction a été de saisir un bout de verre qui traînait et d'en finir tout de suite », a-t-il confié.

Quant à Laurie-Ann, elle était dans sa chambre lorsque la secousse a commencé. « J'étais dans ma chambre, j'entendais la porte être secouée, les lumières s'éteignaient et se rallumaient », relate-t-elle.

Elle court se réfugier sous un cadre de porte de la cage d'escalier en tentant d'emmener son petit frère et son chien.

« Je les ai poussés [son frère et son chien] pour les mettre sous le cadre de la porte, poursuit-elle. Je me rappelle que tout est tombé, il y avait de la poussière partout, c'était noir », raconte-t-elle d'une voix posée.

L'éclairage d'une lumière d'urgence lui permet d'éviter de sombrer dans la panique, mais également de voir son frère : « Je me rappelle que je voyais mon chien, je voyais mon frère et j'entendais ma mère. »

Emmuré, son père n'entendait rien. S'il n'entend rien, sa fille entend toutefois les cris de son père. « J'étais sûre qu'il était en train de se faire écraser », confie-t-elle.

«Ma mère avait mal et elle nous disait qu'elle nous aimait. J'étais prise, je n'arrivais pas à bouger.»

Laurie-Ann Laflamme

« J'ai essayé, j'ai essayé, mais d'aucune façon je n'aurais pu sortir toute seule, poursuit-elle T'es juste assise et ta mère est en train de crier parce qu'elle a mal et tout, c'est très triste. »

Un rêve qui a survécu

« Je ne pense pas qu'on peut dire qu'on va bien, explique-t-il. Ce serait un peu illusoire. Je pense que dans les circonstances, on va relativement bien. »

« On est très entourés, on a été très entourés par tous nos amis quand on était en Équateur, poursuit M. Laflamme. On a eu un support incroyable tant physique que moral. Et, il y a des gens qui ont voyagé avec nous. Ils ne voulaient pas qu'on revienne au Québec juste nous deux ensemble. »

La tragédie qui a décimé la famille n'altère toutefois en rien le rêve et le bonheur de vivre à l'étranger.

« Reprendre cette vie au nom des nôtres, oui ça fait un peu poétique, convient M. Laflamme. C'est notre vie. C'était notre vie de famille. Aujourd'hui notre famille, c'est Laurie-Ann et moi. »

«C'était un rêve qu'on avait à quatre. Pourquoi, maintenant que nous sommes deux, notre rêve serait différent?»

- Pascal Laflamme

Le père et la fille entendent ainsi panser leurs plaies avant de retourner en Équateur, poursuivre le rêve et la vie de leur famille.

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