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Trente: un bordel bien ficelé

À 29 ans, pour la toute première fois, je me suis mise à penser au temps qui passe. À le craindre profondément.
La dépression est une étrange bibitte. J'ai toujours l'impression de dormir au gaz, mais de hurler en même temps. Intéressante dichotomie.
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La dépression est une étrange bibitte. J'ai toujours l'impression de dormir au gaz, mais de hurler en même temps. Intéressante dichotomie.

Si j'avais lu ce titre il y a quelques mois, j'aurais expulsé beaucoup d'air par mon nez et j'aurais rigolé particulièrement fort. «C'est jeune, trente ans. Aucune inquiétude à avoir! Le monde est à ma portée. Vieillir? Pfff, même pas peur.»

C'est vrai que c'est encore jeune. Tout est une question de perception, en fin de compte. Mes gueules de bois sont des puits sans fond, j'ai une mèche de cheveux en phase de me transformer en Cruella D'Enfer, ma peau pend et c'est à peu près ça, d'un rapide coup d'œil.

Je me suis mise à surnager dans ma propre vie, à prendre de gros bouillons, à mettre à l'épreuve ma propre survie.

Il y a quelques mois cependant, en plein cœur du mois de mars, quelque chose a changé en moi. Du genre de choses qui ne bougent qu'une seule fois dans une vie. À 29 ans, pour la toute première fois, je me suis mise à penser au temps qui passe. À le craindre profondément. Après avoir vécu ce sentiment de décalage, j'ai déboulé les marches comme si débouler les marches était une discipline olympique. Je me suis mise à surnager dans ma propre vie, à prendre de gros bouillons, à mettre à l'épreuve ma propre survie.

Les lames de fond

J'ai appris à connaître les lames de fond par leurs petits noms. À manquer d'air dans la piscine, jusqu'à la dernière seconde avant les dommages qui ne pardonnent pas. La dépression est une étrange bibitte. J'ai toujours l'impression de dormir au gaz, mais de hurler en même temps. Intéressante dichotomie. Beaucoup de plaisir. Oubliez ce que je viens de dire.

À presque 30 ans, je m'imagine sur une lourde chaise pivotante, un peu comme celles de La Voix, mais en moins plate. Je suis en train de me retourner et ce qui s'étend devant moi, c'est ma vingtaine.

Ma vingtaine est maintenant derrière moi.

À vingt ans, j'avais un blogue. Je me croyais beaucoup, j'en avais besoin. J'avais tellement espoir. Je voulais vivre dans un grand loft avec mon chum de l'époque. La seule pièce fermée aurait été la salle de bain. Je pensais pouvoir vivre de mes écrits, être d'une élégance sans borne et peut-être même acheter du vin à plus de 15$ à la SAQ.

Mon petit bois personnel

Retour sur terre: vivre dans un tel loft m'aurait coûté plus que la moitié de mes organes vitaux, et vivre de mes écrits se résume en: HA HA HA, HI HI HI. C'est assez. Suivant.

Ben non. Ça ne marche pas comme ça! Ledit chum de l'époque et moi vivions dans une relation fusionnelle toxique. Je ne voyais plus mes ami.es. J'essayais de me convaincre que je n'avais besoin que de lui. Je n'avais plus d'individualité.

Je pense à Virginia Woolf et àUne chambre à soi. Je suis contente de l'avoir compris, même si ça m'a pris du temps. Ce livre m'a sauvé. Je vous le conseille à toutes et à tous.

J'ai beau avoir un DEC, un certificat, un BAC: je ne suis pas sortie de mon petit bois personnel. J'essaie de ne pas me comparer, mais c'est difficile. Je ne veux pas d'enfants, je ne veux pas de maisons. Je me souhaite seulement une quelconque sécurité financière et un minimum de temps pour créer.

C'est en décembre que je vais souffler mes trente chandelles. Je pense que mon gâteau va goûter la cire, et puis je m'en fous.

C'est en décembre que je vais souffler mes trente chandelles. Je pense que mon gâteau va goûter la cire, et puis je m'en fous. S'il y a une chose que j'ai envie de dire malgré les nuits sans sommeil, la terreur, les crises de panique et l'impression que tout s'écroule, c'est que...

C'est parti mon kiki...

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