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Orlando: de l'homophobie à l'islamophobie?

L'adéquation précipitée entre Islam et homophobie repose en partie sur l'identité religieuse du tueur et de son allégeance au groupe armé État islamique. Or, le lien présupposé entre l'Islam et l'homophobie dans le discours public est pour le moins dangereux.

Depuis l'attaque d'Orlando ayant fait 49 victimes, beaucoup d'encre a coulé et beaucoup de paroles se sont versées dans les médias, ainsi que sur les réseaux sociaux, dénonçant rapidement la nature homophobe de cet acte déplorable à tous les niveaux. Ceci dit, bien qu'il demeure pour l'instant extrêmement difficile d'établir les réelles motivations de ce crime haineux, nous observons un détournement du discours orienté vers le présumé caractère homophobe de l'Islam, discours qui tend ainsi vers l'islamophobie et le racisme.

Cette adéquation précipitée entre Islam et homophobie repose en partie sur l'identité religieuse du tueur et de son allégeance au groupe armé État islamique. Or, le lien présupposé entre l'Islam et l'homophobie dans le discours public est pour le moins dangereux, et ce, à plusieurs égards.

Premièrement, mettre en opposition directe l'Islam et la lutte LGBTQ+ contribue à l'exclusion d'une partie de la population, soit les individus LGBTQ+ de confession musulmane. D'une part, cette opposition a pour effet de nier l'existence même de cette communauté, dans la mesure où être LGBTQ+ serait incompatible avec la religion musulmane. D'autre part, on oblige les individus LGBTQ+ de confession musulmane à privilégier, voire à choisir, un vecteur d'identification aux dépens d'un autre, ce qui les place dans une position délicate: pendant qu'ils et elles sont en train de faire leur deuil comme victimes d'un crime haineux en raison de leur orientation sexuelle et/ou leur identité de genre, ceux-ci se trouvent à être dans la mire de ceux et celles qui cherchent un coupable, et ce, en raison de leur religion. Autrement dit, on leur impose une situation conflictuelle et paradoxale: à la fois victimes et bourreaux.

Par conséquent, il est plus que nécessaire de mettre en relief la nature diversifiée de la communauté LGBTQ+, que ce soit en termes d'ethnicité, de religion ou de genre. Il est donc primordial de cesser la mise en opposition de la lutte LGBTQ+ aux différentes communautés ethnoculturelles et religieuses.

Deuxièmement, la prédominance d'un discours rattachant l'homophobie à l'Islam dans la sphère publique empêche la tenue d'une réflexion plus large sur l'état de l'homophobie dans notre société. À cet effet, un rapport sur l'homophobie produit en 2007 par le Groupe de Recherche et d'Intervention sociale (GRIS) met en évidence le décalage entre les avancées juridiques en matière de droits LGBTQ+ et la normalisation sociale de l'homosexualité au Québec. Plus encore, une étude de Buijs et al. (2011) sur la violence homophobe aux Pays-Bas, souligne que les musulmans n'ont aucunement le monopole de celle-ci: au contraire, des Néerlandais dits «autochtones» sont autant responsables que des Néerlandais d'origine marocaine, entre autres. Subséquemment, la vigilance demeure de mise quant à la perception d'une homophobie qui serait entièrement issue des communautés ethnoculturelles et religieuses.

En bref, l'adéquation entre Islam et homophobie contribue non seulement à la perpétuation d'un discours fondamentalement islamophobe et raciste, mais fait également de l'ombre à une homophobie qui persiste encore et toujours en Occident.

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