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Et puis un jour, l’impensable arrive

Les grands changements s'opèrent rarement sans provocation: aucune révolution de l’histoire n’a été déclenchée par un peuple au ventre plein et à la routine bien confortable. C’est donc la crise qui ouvre une brèche dans le statu quo permettant à des idées nouvelles de faire irruption et au changement de s’opérer.
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Nous avons beau parler de vouloir changer le monde, envahissant les rues de nos villes avec nos pancartes et nos casseroles, mais changer pour vrai? Pas si vite. Nous sommes plus attachés à notre mode de vie que ce que l’on est prêt à admettre. Troquer son steak pour du tofu, enfourcher son vélo pour se rendre au travail, planifier ses vacances à proximité plutôt que de s’envoler pour Cuba: tout ça demande des efforts, demande de faire autrement, demande surtout d’adopter un comportement qui va à l’encontre du mainstream.

Et puis un jour, l’impensable arrive: le mainstream s’arrête sec. Il n’y a plus de mainstream, le courant n’a même pas changé de direction, il n’y a tout simplement plus de courant, plus d’eau, plus rien. Tout est bousculé. C’est l’arrêt quasi total des activités qui nous occupaient tant il y a peu de temps et nous voici à présent réduits à l’essentiel: manger, se laver, prendre soin de notre noyau familial. Et puis sentir renaître en nous la gratitude immense envers tous ceux et celles qui continuent à oeuvrer dans les services essentiels pour ne pas que l’on tombe collectivement dans le chaos et l’anarchie.

“Avec l’arrêt impensable s’ouvre l’espace des possibles.”

Avec l’arrêt impensable s’ouvre l’espace des possibles. Notre imaginaire, jadis cloisonné par tous ces devoirs et contraintes, autant de commandements de la vie moderne, se trouve tout à coup libéré.

Au lieu de dépenser notre énergie physique et mentale à accomplir les milliers de petites tâches qui constituaient notre routine, on regarde autour de soi et on se pose des questions: pourquoi tout ça? Pourquoi on faisait comme ça, et pas autrement? Toute cette activité, toute cette consommation d’énergie et de ressources, était-ce vraiment nécessaire? On commence à imaginer la vie autrement, apaisée. De l’espace pour respirer, pour se parler, pour vivre.

“Il est donc crucial pour toute compréhension des révolutions de l’ère moderne que l’idée de liberté et l’expérience d’un nouveau départ coïncident.»”

- Hannah Arendt, Essai sur la Révolution (1964)

Après les questions, on commence à esquisser des réponses. Mais attention! N’allons surtout pas trop vite! Apprécions plutôt cet espace lumineux, cette pause inattendue, cette période germinale avant de repartir trop vite avec des idées trop grossièrement développées, des actions mal réfléchies qui risquent de s’enliser dans de nouvelles habitudes et normes, ou de retomber dans les anciennes. Laissons plutôt la place à la révolution, la vraie ‒ celle où, selon Hannah Arendt, «l’idée de la liberté et l’expérience d’un nouveau départ coïncident».

Si on avait commencé à désespérer de notre pouvoir de freiner la machine monstrueuse de l’économie mondiale, de pouvoir éviter collectivement la catastrophe planétaire provoquée par notre mode de vie, voici tout à coup la preuve que oui, c’est possible. Et pour le moment, c’est assez. Les adaptations, les moments de difficulté, des peines et des deuils, il y en aura, immanquablement. Mais il y aura aussi la découverte de notre force collective, de notre solidarité, de notre confiance dans nos systèmes publics et dans notre capacité à la résilience. Le changement, un mot irritant et inconfortable, retrouvera son optimisme dans la promesse qu’elle porte de renouveau.

Ensemble, nous pouvons envisager la vie autrement, et s’organiser en fonction de cet «autrement que l’on créera ensemble. J’ai déjà quelques idées qui foisonnent, j’imagine que vous aussi. Alors je me joins à vous, chers voisins, pour affirmer: Ça va bien aller.

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