La génération Z doit se sentir concernée par le TICEN

A l'occasion de la « Journée international pour l'élimination complète des armes nucléaires »la génération Z est incitée à s'intéresser au désarmement nucléaire

Les priorités et les préoccupations de chaque génération sont influencées par son contexte et son expérience. Il est encore difficile de dresser le portrait de celle née entre 1995 et 2000, mais on discerne déjà les contours d'une cohorte de « natifs du numérique », dotés d'une fibre entrepreneurial et d'une conscience sociale et écologique. Beau mélange ! Le changement climatique, l'économie du partage, la gouvernance d'internet font partie de leurs préoccupations quotidiennes. Le désarmement nucléaire nettement moins.

La génération Z ne peut pas comprendre ce que c'est que de vivre dans un monde où la menace nucléaire fait partie du quotidien. La guerre nucléaire, ils en ont sans doute plus souvent entendu parler au cinéma qu'au journal télévisé ou en famille. On peut certes voir cela comme un signe positif, le reflet d'un monde en marche vers un avenir plus pacifique. C'est en grande partie juste. Mais l'idée plutôt vague qu'ils se font du désarmement nucléaire est aussi préoccupante. Contrairement à l'image qu'en donne le cinéma, la guerre nucléaire et le désarmement ne sont pas des abstractions appartenant au passé. Il y a encore un gros travail à faire au niveau mondial pour éliminer la menace nucléaire. L'interdiction des essais est une priorité depuis si longtemps que l'on n'y pense plus et que l'on n'en parle plus autant qu'on devrait.

Il y a 20 ans déjà, 166 États, dont les États-Unis, signaient le Traité sur l'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN). Aujourd'hui, l'entrée en vigueur définitive du traité se fait encore attendre, car 8 États ne s'engagent toujours pas à la ratifier. C'est là un exemple flagrant de l'impasse dans laquelle se trouve le désarmement multilatéral.

La mise en place d'un moratorium sur les essais - respecté par tous les pays sauf la Corée du Nord - représente certes une réussite importante. Mais, comme je ne cesse de le répéter, un tel accord ne saurait se substituer à une interdiction mondiale juridiquement contraignante.

Personne n'a dit que le désarmement nucléaire serait facile. Mais nous ne pouvons tout simplement pas laisser des générations entières grandir en imaginant que ces problèmes appartiennent au passé alors qu'ils restent d'actualité ! La mise en œuvre tant attendue du Traité doit donc être une priorité. Nous faisons fausse route si nous laissons aux générations suivantes la lourde tâche de résoudre les casse-tête diplomatiques du passé. En tant que Secrétaire général de la Conférence sur le désarmement, la frustration que je ressens parfois ne suffit pas à me décourager. Je suis convaincu que les État-membres doivent s'engager de manière proactive, mais ils ont clairement besoin d'une impulsion forte. Vendredi dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU adoptait une résolution interdisant les essais nucléaires. C'est un pas en avant important, mais qui ne se substitue pas à un traité juridiquement contraignant.

Pour aborder les grands problèmes mondiaux, la génération Z dispose de nouvelles compétences : leur engagement numérique, leur potentiel d'innovation et leur capacité à développer des solutions créatives. Ce défi doit être porté à leur attention afin qu'ils comprennent combien la sécurité internationale nous concerne tous. C'est essentiel si nous voulons préserver la planète pour la génération Z comme les suivantes.