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Chartrand, Rambo et la démocratie directe

Bernard Gauthier est un gars de ma classe sociale. Un gars du peuple quicomme on dit. Les experts et les spécialistes se sentiront sûrement menacés par la canaille et autres sans-culottes qui veulent prendre d'assaut ces institutions qui nous servent si mal. Ils font maintenant partie du problème.
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Un ami m'a raconté hier une anecdote mettant en scène l'anarcho-syndicaliste Michel Chartrand. Ce dernier avait été invité à parler devant des travailleurs d'usine de la Mauricie. L'un d'entre eux, dans la salle, s'était levé pour dire qu'il manquait de leaders au Québec. Or, Chartrand pouvait se montrer baveux.

- Es-tu un leader toé? Pourquoi faudrait que t'attendes ça d'un autre? Prends ta place, deviens un leader ou ferme-la, lui aurait dit Chartrand.

Je ne peux pas confirmer l'authenticité de cette anecdote, mais elle semble coller à l'image que je me suis faite de ce personnage.

Si je vous raconte ça, c'est par mesure de prévention. Je vais en effet vous parler de Bernard Gauthier, alias Rambo. Ce célèbre syndicaliste de la Côte-Nord a annoncé cette semaine son intention de porter les couleurs de ce parti des sans-partis qui a été rebaptisé récemment Citoyens au pouvoir du Québec (CPQ). Ce qui est tout de même étonnant, à moins d'être blasé de tout.

Bernard Gauthier n'est pas un sauveur. Il le dit lui-même et je veux bien le croire. Il se dit un citoyen «écœuré d'être écœuré». Il est devenu le porte-parole d'un obscur parti dont les statuts rappellent étrangement ceux du Parti Pirate islandais. C'est sans doute dans l'air du temps cette idée de ne plus faire confiance aux partis politiques traditionnels. J'y vois un signe positif de prise en charge de la chose publique par les citoyens et les citoyennes désabusés par les gentils organisateurs.

Le parti des sans-partis CPQ propose de se saborder s'il prend le pouvoir. Son but est d'instaurer une démocratie directe et par la même favoriser un certain idéal républicain largement abandonné par les partis politiques traditionnels. Le CPQ propose encore plus de démocratie pour remédier au désengagement des citoyens face à la chose publique, prenant acte du fait que l'abstentionnisme est le résultat d'un système politique vicieux où le citoyen est bien plus consterné que concerné.

La démocratie parlementaire telle que nous la vivons et l'avons vécue est en faillite. La philosophe Simone Weil l'avait compris avant tout le monde lorsqu'elle rédigea sa fameuse Note sur la suppression générale des partis politiques. Elle avait compris que les partis politiques sont des associations de gens qui complotent dans les coulisses du pouvoir contre le peuple. Ils ne servent jamais la justice, la liberté et la vérité. Ils se nourrissent d'argent et ne véhiculent que de la propagande. La pensée n'y est jamais libre. Les citoyens n'y sont toujours que des accessoires, de vulgaires leviers pour prendre le pouvoir et faire ensuite ce que l'on veut.

Les partis politiques servent inévitablement l'oligarchie. Le peuple y est sous-représenté. On y voit rarement des serveuses de casse-croûte, des préposés aux bénéficiaires, des journaliers ou bien des travailleurs de la construction. Il semble que le parlement soit le terrain de jeu des avocats, médecins, professeurs et journalistes qui sont largement surreprésentés.

Nous sommes devenus des adultes. Les gens sont plus renseignés qu'auparavant. Ils peuvent participer aux décisions aussi bien, sinon mieux, qu'un malfrat qui s'y engage pour s'y remplir les poches avec l'assentiment de ses commanditaires vers lesquels l'ascenseur redescend inévitablement.

Une maxime faussement attribuée à Einstein laisse entendre que seuls les fous s'attendent à un résultat différent en répétant toujours la même chose.

Nous avons répété ad nauseam la politique partisane qui ne nous a menés à rien d'autre qu'à la faillite de notre communauté. Des politiciens véreux ont détourné nos institutions publiques de leur vocation pour tout vendre à rabais aux promoteurs du capitalisme sauvage. Qu'ils soient de gauche ou de droite, le politicien traditionnel est toujours à la solde des banquiers et jamais au service de ses concitoyens. Il est temps de mettre un terme à la lente agonie de nos institutions démocratiques en favorisant l'engagement des citoyens dans la vie politique du Québec.

Qu'un gars du peuple conscient de faire des fautes d'orthographe monte au front pour dire le fond de sa pensée, c'est la preuve par A plus B que le temps des experts est révolu. C'est la preuve qu'on peut devenir juré dans un procès ou député au parlement sans avoir à montrer le contenu de son compte bancaire. Tous les citoyens sont égaux, cela va de soi...

Je ne donnerais pas le bon Dieu sans confession à Bernard Gauthier, ni à Chartrand, ni à qui que ce soit. Par contre, il faut savoir reconnaître qu'il est des événements fondateurs dans la vie d'un peuple.

Le Printemps érable, en 2012, était l'un de ceux-là. Du jour au lendemain, nous avons tous été surpris par l'ampleur de la contestation et par la justesse des revendications qui transcendaient largement le simple point des frais de scolarité. On a assisté à la naissance d'un mouvement sans chef qui déboussola les experts de la chose publique.

D'aucuns ont laissé entendre que ce mouvement n'avait rien donné, qu'il était mort dans l'œuf. D'autres ont sans doute dit que le Québec manquait de leaders... Pourtant, nous sommes encore bercés par l'onde de ce caillou jeté dans la mare.

Il y a eu un avant et un après Printemps érable. Les Québécois, comme la plupart des peuples du monde, ont réalisé qu'ils étaient floués, dépossédés et ridiculisés par les élites au pouvoir.

Des mouvements citoyens ont essaimé partout dans le monde. Des mouvements sans chef, spontanés, qui se réclament de quelque chose comme la démocratie directe.

Bernard Gauthier aurait pu militer pour le Parti québécois ou tout autre parti soucieux de tromper l'électorat avec de la bullshit. Ce n'est pas la voie qu'il a choisie. Il n'a pas choisi de siéger sur quelque chose qui s'apparenterait au CA du Mouvement Desjardins qui a ruiné l'idéal coopératif en minant le pouvoir décisionnel des membres.

On peut lui reprocher ses coups de gueule, ses propos intimidants de syndicaliste et tout le tralala. Quant à moi, pour le moment, j'y vois l'un de mes frères de combat. Ce qui n'a pas échappé à l'écrivain Victor-Lévy Beaulieu qui a écrit une biographie à son sujet. J'ai même eu le malheur d'en parler sur mon blog.

Bref, Bernard Gauthier est un gars de ma classe sociale. Un gars du peuple qui monte au batte comme on dit. Les experts et les spécialistes se sentiront sûrement menacés par la canaille et autres sans-culottes qui veulent prendre d'assaut ces institutions qui nous servent si mal. Ils font maintenant partie du problème.

Les étouffoirs de la liberté et autres fossoyeurs de la chose publique peuvent d'ores et déjà en prendre pour leur rhume. L'heure de la démocratie directe a sonné.

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