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Lorsque l'itinérance fait les frais du fédéralisme

S'en remettant à une approche qui mise sur l'octroi de logements - privés! - aux itinérants, Ottawa vient ainsi épouser une vision bien réductrice du phénomène de l'itinérance, en plus de bafouer l'expertise québécoise.

On apprenait récemment que le gouvernement fédéral a bel et bien exigé de Québec que l'argent destiné à la lutte contre l'itinérance soit consacré à l'approche « logement d'abord », et ce, à teneur de 65%. Directive honteuse s'il en est. Les fonds fédéraux destinés au Québec seront donc obtenus de manière conditionnelle à l'idéologie du fédéral. S'en remettant à une approche qui mise sur l'octroi de logements - privés! - aux itinérants, Ottawa vient ainsi épouser une vision bien réductrice du phénomène de l'itinérance, en plus de bafouer l'expertise québécoise.

Alors que le programme SPLI, Stratégie des partenariats de lutte contre l'itinérance, fonctionne adéquatement et sur divers fronts depuis une dizaine d'années, voilà qu'on ébranle dangereusement tout ce qui avait été mis en place auparavant en matière de lutte à l'itinérance, en plus d'amputer le budget du SPLI. La menace est bien réelle et concerne des centaines d'intervenants, de nombreux organistes, et plusieurs dizaines de milliers de personnes itinérantes.

En effet, en donnant une telle priorité à l'approche du « Logement d'abord », il en découle qu'on délaisse immanquablement le reste. Le reste, c'est le soutien alimentaire, l'intervention en toxicomanie et en santé mentale, le travail de rue, les programmes d'insertion sociale et professionnels, le soutient dans les refuges, et plus encore. Il advient que trouver un logement à une personne itinérante n'est pas une panacée. La réalité est éminemment plus complexe et diversifiée; il faut se méfier des approches uniques et d'une réponse mur-à-mur dans le domaine du social.

Il n'y a pas une seule réalité d'itinérance et les différentes formes d'aide doivent être considérées et entreprises. Et puis, toute personne n'est pas nécessairement « prête » à habiter un logement, et n'en a pas nécessairement le désir. Au final, on risque de n'apporter du support qu'à une frange limitée de la population itinérante, soit les personnes vivant en milieu urbain notamment.

Le plus triste dans cette histoire n'est pas tant la directive odieuse du fédéral, mais plutôt la démission et capitulation de nos élus provinciaux, à savoir le gouvernement Couillard, qui offre une bien frêle réplique à la réforme fédérale. On constate que nous sommes gouvernés par des «provincialistes» de haut vol, dociles et obéissants, ces derniers ne manquant pas une occasion de s'aplatir sur leurs « convictions » lorsque leurs « maîtres » fédéraux leur envoient des directives, laissant loin derrière eux leur honneur et le bien-être des personnes figurant parmi les plus vulnérables de notre société.

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