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Propos francophobes: CBC promet plus de rigueur

Interpellée par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) qui s'inquiète de la stigmatisation des francophones dans les tribunes numériques de CBC, la société d'État explique qu'elle fait tout pour garantir la libre expression, tout en bannissant les propos insultants et haineux.

« Le rôle du diffuseur public est d'encourager le dialogue et la compréhension entre les Canadiens et les Canadiennes. CBC nuit à cet objectif lorsqu'elle tolère des commentaires qui ont pour effet d'insulter les francophones et d'inciter à la haine envers eux », écrivait jeudi la FCFA dans un communiqué.

L'organisme trouve « aberrant que CBC laisse des individus profiter de leur anonymat pour publier des commentaires irrespectueux et souvent remplis de faussetés à l'égard des francophones ».

« La liberté d'expression est un droit fondamental, mais proférer gratuitement des insultes à l'égard d'un groupe ne l'est pas. Nous en appelons donc nous aussi au sens de l'éthique du diffuseur public et lui demandons de prendre les mesures nécessaires pour que ce genre de commentaires ne soient plus tolérés. »

— Sylviane Lanthie, présidente de la FCFA

En réponse, Brodie Fenlon, premier directeur des nouvelles numériques à CBC, regrette d'abord que des commentaires insultants aient échappé à la vigilance de son équipe. « Il s'agit, écrit-il, d'une situation malencontreuse, mais inévitable lorsque l'on doit traiter un tel volume de commentaires [un million par mois] ».

Tout en promettant plus de rigueur dans l'application des règles directrices du diffuseur public, M. Fenlon explique qu'à l'instar de nombreux autres médias, CBC est confrontée à la problématique des discussions sur le site Internet.

Si certaines organisations ont carrément fermé ces tribunes, CBC dit avoir fait le choix de les maintenir, car « la discussion avec l'auditoire est au cœur de [son] mandat de radiodiffuseur public, surtout en cette ère de technologie participative ».

« Trouver le bon équilibre entre la liberté d'expression et le droit de débattre de manière respectueuse sur un site qui reçoit plus d'un million de commentaires chaque mois représente un défi de taille. »

— Brodie Fenlon, premier directeur des nouvelles numériques à CBC

Le responsable des nouvelles numériques à CBC rappelle que son service a fait face à la même problématique en novembre dernier. « Devant le flot de propos haineux en référence à des articles portant sur les Autochtones », la société d'État a pris « la mesure exceptionnelle et provisoire de suspendre cette tribune d'expression ».

Il ajoute qu'en janvier, « après avoir essayé plusieurs approches », il a été décidé « que tous les commentaires, quel que soit l'article en référence, soient relus par une équipe de modérateurs avant d'être publiés ».

Quant à la question de l'anonymat de certains internautes, M. Fenlon pense que le « vrai nom » ne garantit pas forcément le civisme dans les échanges en ligne. De plus, poursuit-il, l'utilisation de pseudonymes permet « à toutes les voix de participer au débat, y compris les victimes de crimes et les dénonciateurs d'abus, deux groupes qui, selon nous, ont de bonnes raisons de se cacher derrière l'anonymat ».

La réponse de CBC à lire ici

Le 11 mars 2016 Monsieur,

Je voudrais tout d’abord vous remercier de nous avoir fait part de vos préoccupations. En ce qui concerne les points précis que vous soulevez dans votre lettre, sachez que nous examinons de près chacun des commentaires que vous avez portés à notre attention. Nous supprimons ceux qui ont été publiés par erreur et regrettons que ces commentaires se soient retrouvés sur notre site. Il s’agit d’une situation malencontreuse, mais inévitable lorsque l’on doit traiter un tel volume de commentaires. Il n’est pas question de supprimer les propos avec lesquels nous sommes en désaccord, mais ceux qui ne respectent pas nos lignes directrices et incitent à la haine. Dorénavant, nous nous assurerons que nos lignes directrices sont appliquées avec encore plus de rigueur et de jugement.

Je crois qu’il serait utile d’expliquer un peu le contexte en ce qui a trait aux commentaires publiés sur nos sites web. À CBC, nous avons pu observer une hausse exponentielle des commentaires et des discussions en ligne. Bon nombre des

internautes nous font part régulièrement de l’intérêt qu’ils trouvent à cette tribune. Et si les commentaires publiés sur nos pages sont sensés, réfléchis et émouvants, ils peuvent parfois aussi être désobligeants.

CBC n’est pas la seule organisation à faire face à ce type de défi. Bon nombre d’éditeurs, dont certains grands quotidiens canadiens, ont complètement supprimé les pages de commentaires de leurs sites web. À CBC News, nous estimons que la discussion avec l’auditoire est au cœur de notre mandat de radiodiffuseur public, surtout en cette ère de technologie participative. Cela dit, trouver le bon équilibre entre la liberté d’expression et le droit de débattre de manière respectueuse sur un site qui reçoit plus d’un million de commentaires chaque mois représente un défi de taille. En novembre dernier, devant le flot de propos haineux en référence à des articles portant sur les Autochtones – propos contraires à nos lignes directrices –, nous avons pris la mesure exceptionnelle et provisoire de suspendre cette tribune d’expression. En janvier, après avoir essayé plusieurs approches, nous avons adopté une procédure pour que tous les commentaires, quel que soit l’article en référence, soient relus par une équipe de modérateurs avant d’être publiés. Ces personnes sont employées par une société indépendante engagée pour modérer nos pages de commentaires, conformément aux lignes directrices de CBC affichées sur son site.

Nous mettons à l’épreuve de nouvelles façons de discuter avec les internautes. Nous réexaminons constamment nos processus et faisons des ajustements pour conserver cet espace démocratique où les Canadiens peuvent débattre de l’actualité. Nous ne manquerons pas d’apporter d’autres changements qui se révéleront nécessaires. En ce qui touche la question de l’anonymat, nous savons que ce n’est pas en obligeant les internautes à signer de leur « vrai nom » que l’on garantira le civisme. Facebook et Twitter regorgent de commentaires vitrioliques ou haineux sur les points que vous soulevez ou d’autres, et ces commentaires sont pourtant signés. En autorisant l’utilisation de pseudonymes, on permet cependant à toutes les voix de participer au débat, y compris les victimes de crimes et les dénonciateurs d’abus, deux groupes qui, selon nous, ont de bonnes raisons de se cacher derrière l’anonymat. Cette approche est également en cours d’examen. À CBC, nous avons à cœur la diversité d’opinions tout comme la diversité linguistique et culturelle du Canada. CBC a le mandat et l’obligation, en vertu de la Loi sur la radiodiffusion, d’offrir un éventail de points de vue sur des préoccupations et des questions controversées d’intérêt public. Nous défendrons toujours la liberté d’expression et le droit des Canadiens à émettre des critiques ou des opinions divergentes, même s’ils sont alors perçus comme des ignorants ou des personnes mal informées. En même temps, nous continuerons à nous assurer que nos lignes directrices sont appliquées et respectées. Nous nous sommes engagés à ce que nos pages de commentaires offrent à tous les Canadiens un forum pour débattre et échanger des idées de façon sécuritaire et respectueuse. Je vous remercie encore de nous avoir fait part de votre opinion.

Brodie Fenlon Premier directeur, Nouvelles numériques

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