2016 : une année entre yin et yang

2016 n'a pas été une si mauvaise année - malgré l'impression que vous avez lorsque vous allumez la télévision ces jours-ci et que vous n'êtes pas sûrs si vous regardez "l'année en revue" ou une nécrologie. Je me suis donc posé un défi : pour chaque événement négatif de 2016, trouver un événement positif. Exercice en fin de compte moins difficile qu'il n'y parait, et que je vous encourage d'ailleurs à tenter de votre côté. Températures records ? Catastrophes naturelles dévastatrices ? Oui, mais aussi ratification et mise en œuvre de l'Accord de Paris sur le changement climatique, et ce en un temps record ! Conseil de sécurité de l'ONU bloqué, incapable de proposer des solutions aux périls qui menacent la paix et la sécurité dans le monde ? Oui, mais aussi élection d'un nouveau secrétaire général de l'ONU fort, à l'issue d'un processus plus ouvert et transparent que jamais auparavant, sans parler des millions de personnes secourues par ses agences partout dans le monde. Montée du racisme et de la xénophobie dans de nombreux pays ? Oui, mais aussi des millions de citoyens qui résistent à ces idées à travers des actes de solidarité et de compassion. Souvent, ces développements semblent contradictoires, mais vues sous l'angle de la notion du yin et du yang, les forces opposées ou contradictoires sont en fait souvent complémentaires, liées, interdépendantes.
2017-01-05-1483635779-3095624-Yin_yang.png

L'année écoulée démontre que notre monde est plus complexe et interconnecté que jamais. Si l'on se focalise exclusivement sur le positif ou le négatif, on ne voit pas l'image dans son ensemble. Il ne fait aucun doute que le système international a été fortement mis sous pression en 2016. L'appel humanitaire a atteint la hauteur de 22,1 milliards de dollars pour venir en aide à 96,2 millions de personnes en situation de crise humanitaire dans 40 pays. Mais fin 2016, seule la moitié de ces fonds avaient été versés, et nombre d'agences de l'ONU peinent actuellement à assurer une assistance de base aux personnes qui en ont besoin. Néanmoins, les négociations multilatérales continuent de porter leurs fruits. Au Sommet mondial sur l'action humanitaire à Istanbul, par exemple, un nouveau programme d'action pour l'humanité a réuni 3 000 engagements, et des modalités de mise en œuvre ont été adoptées.

Le Sommet d'Istanbul n'est de loin pas le seul forum international de 2016 où nous avons constaté un certain progrès. Les dirigeants mondiaux réunis à New York en septembre dernier se sont engagés à mettre au point deux accords mondiaux sur la migration et les réfugiés d'ici 2018. Ces deux sommets marquent le début d'un long processus. Dans un monde parfait, les États, les ONG et tous les autres acteurs se seraient mis d'accord sur des quotas de réfugiés et auraient comblé le déficit budgétaire. Dans un monde imparfait, ils ne se seraient même pas réunis. La situation serait sans espoir. Alors qu'en réalité, elle ne l'est pas. Nous vivons dans un monde où les États et les autres acteurs sont parfois d'accord sur une question et en désaccord sur une autre. Ils se font la guerre tout en cherchant à atténuer ses effets dévastateurs. Il y aura toujours des contradictions ; c'est bien pour cela que le progrès prend du temps mais qu'il ne s'interrompt presque jamais.

Ce qui me fait dire que d'importants progrès ont été réalisés en 2016 c'est la manière inédite dont les mesures à court terme commencent à avoir un lien avec des solutions à long terme. Face à l'urgence immédiate - la négociation d'un cessez-le-feu, l'aide aux victimes d'une inondation - la prévention et la réduction des risques passent souvent au second plan. Pourtant, au cours de l'année écoulée, les 17 Objectifs du développement durable ont été largement incorporés par les États, les ONG et, surtout, le secteur privé dans leurs politiques respectives. C'est une tendance de fond que j'observe tous les jours depuis Genève. En Équateur, la conférence HABITAT III s'est soldée par l'adoption d'un nouveau programme pour une urbanisation plus durable. L'accord de paix en Colombie a mis fin à l'une des plus longues guerres civiles de l'histoire et les négociations à Chypre laissent envisager un avenir commun placé sous le signe de la paix. La notion de « paix durable » prend racine à l'Assemblée générale et au Conseil de sécurité, mais aussi dans les esprits aux quatre coins du monde.

Cette évolution a-t-elle eu lieu malgré la peur du chômage, la hausse des inégalités et la perte de confiance sociale et envers les institutions ? A-t-elle eu lieu malgré l'incapacité du Conseil de sécurité à résoudre la crise syrienne et tant d'autres conflits meurtriers, ou encore malgré les fausses informations véhiculées par les réseaux sociaux ? Non, « malgré » n'est pas le mot juste. Ces tendances et ces événements sont tous liés. Les États et les parlements ont généralement à cœur de servir les intérêts de leurs citoyens ; ils savent pour la plupart que le progrès passe par la coopération. L'année 2016 nous a mis à rude épreuve, parfois à la limite du supportable. Mais elle nous a ainsi poussés à remettre en question des institutions et des concepts désuets, et en même temps d'en esquisser de nouvelles.

Le mal peut parfois donner le bien, et vice-versa. Il ne faut pas pour autant en déduire que les catastrophes qui ont marqué l'actualité, à l'instar de la crise syrienne, sont une fatalité contre laquelle on ne peut rien : au contraire, elles resteront à jamais une tache indélébile sur l'humanité.

J'aimerais remercier à la fois les personnes qui voient en 2016 un verre à moitié vide et les personnes qui, comme moi, pensent que le verre est à moitié plein. Les premiers détaillent nos manquements collectifs, alors que les seconds s'ingénient à trouver de nouveaux moyens d'y remédier, nous rappelant que nous disposons déjà de nombreux outils à cet effet. Ce qui nous ramène au yin et au yang : sans un éclairage fort sur ce qui ne fonctionne pas, nous serions incapables de trouver des solutions aux grands défis auxquels nous sommes confrontés, comme nous le faisons actuellement pour le climat, le développement économique, la migration ou les nouvelles technologies.

Pour comprendre comment aller de l'avant, il faut prendre du recul. Le concept du yin-yang m'a permis de mettre cette année 2016 en perspective, de rester optimiste et d'aborder 2017 avec un espoir renouvelé.